QUEL STATUT POUR L’AMAZIGHE DANS LA NOUVELLE CONSTITUTION MAROCAINE.
I-Langue : pourquoi l’amazighe n’accéde pas à l’officialité ?
1-Définitions :
la langue est un système de signes doublement articulés ( éléments de linguistique générales , A.Martinet) ; depuis Ferdinand de Saussure, la parole est l'utilisation effective du système de la langue par les locuteurs d’une langue ;
la langue a au moins deux fonctions sociales fondamentales : la communication entre ses usagers et leur identification ; elle sert de marqueur identitaire de l'individu qui la parle et ses appartenances sociales , culturelles , professionnelles, religieuses et ethniques.
2- la langue naturelle est une langues parlée ( in vivo ) dans le monde qui s’est formée spontanément à partir d'états de langue antérieurs selon le principe de l’évolution ; alors la langue artificielle (ou langue construite ,comme l'espéranto ) a été créée consciemment ( in vitro ) par des individus pour servir de langue de communication. Certaines d'entre elles sont devenues de langues officielles de certains états dans le monde.
3- la langue est dite vivante lorsqu'elle est utilisée oralement par des personnes dont elle est la langue maternelle, ou par une communauté suffisamment nombreuse, ayant une vitalité linguistique plus ou moins importante. On appelle langue morte (ou éteinte ) toute langue qui n'est plus pratiquée oralement comme langue maternelle par ses locuteurs ( n’ayant pas de vitalité linguistique ), mais qui peut être encore utilisée dans certains domaines de la religion, comme le latin , le grec ancien ; de nos jours , il est possible de « ressusciter » et de revitaliser des langues considérées comme mortes, c’est le cas de l'hébreu.
La langue vivante varie généralement selon le lieu géographique ( régiolecte ou géolecte), le milieu social (sociolecte) , les locuteurs (idiolecte) ,le temps (acrolecte) et selon le sexe (sexolecte).
4- la langue maternelle est la langue que l’individu a apprise dans son enfance au cours de son apprentissage et de sa socialisation par le langage ; c’est la première langue qu'un enfant apprend. Dans certains cas, lorsque l'enfant est éduqué par des parents parlant des langues différentes ,dans des couples mixtes, il est capable d’acquérir ces deux langues simultanément et chacune pouvant être considérée comme une langue maternelle, lui accordant alors le statut du bilingue.
5- La langue natale , en linguistique , les termes de langue maternelle et de langue natale sont souvent utilisés sans distinction, elle est définie comme " le premier moyen d'expression acquis pendant l'enfance, par lequel l'enfant se socialise , elle est l'expression d'une identité ; alors que la langue maternelle est l'expression d'une culture.
6-Une langue véhiculaire ( lingua franca ) est une langue de communication entre locuteurs utilisant des langues différentes, les langues liturgiques et les koinés jouent souvent le rôle du code commun de certaines communautés plurilingues unies par une même religion, ou même par la variété d’une même langue.
La langue vernaculaire est parlée localement par une communauté linguistique , elle sert de langue locale et s’emploie souvent en opposition avec le terme de langue véhiculaire , avec un sens proche d’ autochtone ou d’indigène .
7. Une langue de culture est une langue qui a un statut privilégié dans un pays sans qu’elle ne soit sa langue officielle, elle est le substrat de l'ancienne puissance colonisatrice (comme le français ) ou la langue liturgique d'une majorité de la population (comme l'arabe) ;
donc , au vu de ces définitions , on peut avancer que l’Amazighe est une langue de communication, vivante, maternelle , naturelle , vernaculaire et de culture ; tout en se demandant pourquoi lui refuser l’officialisation au même titre que la langue arabe , et ses variantes , avec lesquelles elle coexiste toujours.
II-Droit
1-protection juridique :Quelle langue protéger?
La non-reconnaissance juridique d’une langue la confine et la relégue à la sphère des relations individuelles et privées ( vernaculaire ), une intervention de l'État choisit et promouvoit la langue qui fera l'objet d'un aménagement linguistique et d’une plannification politique.Cette intervention peut porter sur une langue minoritaire, sans vitalité linguistique et sans historicité , afin de la réhabiliter . Il y a des situations où l'État décidera de faire porter l'aménagement à la fois sur la langue majoritaire et la langue minoritaire pour les besoins d’une paix linguistique.
2-statuts
Le statut d'une langue fait penser inconsciencemment au caractère officiel ou non officiel de celle-ci , parce qu'il s'agit d'un statut privilégié, prestigieux s'il ne demeure pas symbolique.
a-La langue officielle est la langue utilisee dans le cadre des activites officielles , administratives et les différents pouvoirs de l’Etat :legislatif, exécutif, et judiciaire ,elle est precisee dans la constitution , sinon elle est rédigée dans cette même langue ; par cet acte , l’Etat favorise une quelconque langue en la proclamant officielle , du même coup elle s’engage à l’utiliser dans toutes ses activités.
Parmi les langues du monde , quelques unes seulement accédent au statut de langue officielle d'un ou de plusieurs États, ces langues peuvent être autochtones ou importées par un régime colonial ;de plus, il est à noter qu’il existe des pays n'ayant qu'une seule langue officielle, avec la possibilité de faire coexister néanmoins de nombreuses langues , nationales et régionales ,parlées sur son territoire.
Comme il est aussi possible d’accorder le statut de co-officialité, à deux langues voire à trois ou quatre, avec l’engagement de l'État de les utiliser toutes , sans descrimination aucune : l'égalité du statut juridique pour éviter toute prédominance de l’une par rapport à l’autre et une répartition équitable sur le territoire ; ceci nous offre trois possibilités:
a-rendre les deux langues co-officielles sur tout le territoire national (principe de personnalité) , le cas du Canada.
b-séparer les langues sur le territoire au moyen de l'unilinguisme (principe de la territorialité); c est le ca de la Suisse.
c-rendre une seule langue officielle partout et imposer le bilinguisme sur une base régionale (formule mixte qui réunit le principe de personnalité et celui de la territorialité), c est le cas de l'Espagne.
Ce statut de co-officialité confère aux citoyens le choix d'utiliser l'une ou l'autre des langues officielles dans leurs rapports avec l'État . Ce choix de la langue employée constitue un droit pour les individus( liberté linguistique ) et une obligation pour l'État de veiller à une egalité, par l’institutionnalisation d’une politique de bilinguisme officiel qui reconnait ,par la Constitution, l'égalité juridique de deux ou plusieurs langues sur le même territoire; ce qui fait distinguer :
a-Les États bilingues pratiquant un bilinguisme fondé sur les droits personnels, non territorialisés: Canada, Norvege, Tchad, Malte…
b-Les États bilingues pratiquant un bilinguisme fondé sur les droits personnels territorialisés: Finlande,
c-Les États bilingues pratiquant un bilinguisme fondé sur les droits territoriaux: Belgique, Suisse ….
Ainsi la langue officielle s'impose à tous les services officiels de l'État : les ministères, le parlement, les organes du gouvernement, administrations, tribunaux, registres publics, documents administratifs, etc.., ainsi qu'à tous les établissements privés qui s'adressent au public.Statiquement, la moitié des pays du monde disposent au moins d'une langue officielle, d’autres ne reconnaissent qu'une seule langue officielle (la France ,l'Albanie), alors que certains pays possédent plusieurs langues officielles (la Finlande, la Suisse, le Canada, le Luxembourg, la Belgique …) ; de même qu’il y a plusieurs pays, qui accordent l’officialité à une region (l'Italie, l'Espagne, les Pays-Bas …) , c’est-à-dire qu’il y a une langue officielle pour le pays, mais d'autres langues sont co-officielles dans certaines régions. Parmi ces langues officielles à vocation régionale , on releve quelques exemples :
l’occitan est une langue officielle régionale en Espagne ,en Catalogne ,co-officiel avec le catalan et l'espagnol . Le basque est une langue officielle régionale en Espagne ,co-officiel avec l'espagnol, Le cantonais est une langue officielle régionale de Chine ,Le galicien est une langue officielle régionale d’ Espagne ,co-officiel avec l'espagnol . Le gallois est une langue officielle régionale du Royaume-Uni,co-officiel avec l'anglais. Le romanche, langue officielle régionale de Suisse , co-officiel avec l'allemand, le français et l'italien.
Enfin, il existe certains pays qui ne prévoient pas, dans leur Constitution ,de langue officielle qu'en pratique , de fait , et non pas de droit , c’est le cas du Mexique, du Chili,de l'Éthiopie,de la Tanzanie, de la Suède…
Parmi les langues officielles les plus répandues dans le monde :
-L’anglais est une langue officielle d’ Afrique du Sud ,Australie, Canada (avec le français),États-Unis ,Royaume-Uni …
- L’arabe est une langue officielle d’ Algérie ,Arabie saoudite ,Bahreïn, Égypte ,Émirats arabes unis, Irak, Jordanie ,Koweït ,Liban ,Libye ,Maroc ,Mauritanie ,Oman ,Palestine ,Qatar ;Somalie, Soudan (avec l'anglais) ,Syrie,Tchad (avec le français) , Tunisie ,Yémen…. dans ces pays arabes, la langue officielle est l'arabe littéral alors que la langue maternelle est un arabe dialectal (langue vernaculaire ,ayant évolué localement) ou même une langue différente ( le tamazight ou le kurde).
-L’espagnol est la langue officielle d’ Argentine ,Bolivie ,Chili ,Colombie ,Cuba , Équateur ,Espagne ,États-Unis (co-officiel avec l'anglais) , Mexique ,Pérou ,Salvador , Uruguay , Venezuela…
-Le français est une langue officielle du Canada ,Cameroun ,. Mauritanie ,Monaco , Sénégal , Suisse …
b-Une langue nationale est considérée comme propre à une nation ou à un pays, sa définition varie selon les pays ;elle est la langue d'une entite politique, sociale et culturelle ; toutes les langues d'un pays, parlées comme langues maternelles par les natifs, ont ce statut Dans certains pays, une langue peut avoir un statut de langue nationale , reconnue par le gouvernement ou par la loi , cette notion se confond parfois avec celle de langue officielle .
Dans le cas d'une langue nationale, l'État ne s'engage pas à utiliser cette langue, mais d'en assurer la protection et la promotion, puis d'en faciliter l'utilisation par les citoyens, c’est-à-dire , par cet acte , en pratique , il reconnaît que le groupe n’est pas une simple minorité linguistique et que le statut de langue nationale est inférieur à celui de langue officielle.
Par exemple, en Suisse, les trois langues officielles sont l'allemand, le français et l'italien, se trouvent en co-présence avec les langues nationales qui sont l'allemand, le français, l'italien et le romanche; ce qui veut dire aussi qu'une langue nationale peut aussi être une langue officielle. De même qu’au Sénégal, le gouvernement favorise l'enseignement du wolof en tant que langue nationale, mais tout en utilisant le français comme langue officielle dans l'administration.
En Afrique, les langues officielles sont généralement des langues utilisées par l'administration ou les écrits, alors que les langues nationales sont généralement des langues orales et véhiculaires.. Le Mali dispose de treize langues nationales : le bambara, le bobo, le bozo, le dogon, le peul, le soninké, le songhai, le sénoufo-minianka, le tamasheq, le hasanya, le kasonkan, le madenkan et le maninkakan. , aussi le Sénégal en posséde six : le wolof, le sérère, le poular, le mandingue, le soninké et le diola.
En Europe , le cas de la Belgique est édifiant avec trois langues, à la fois officielles et nationales : le néerlandais, le français et l'allemand ; territorialement ,elle est divisée en quatre régions linguistiques française, néerlandaise, allemande et bilingue de Bruxelles-Capitale .
c-Une langue régionale est une langue qui, dans le cadre d'un État, diffère de la langue officielle et dont les locuteurs posent le problème de son statut à côté de la langue officielle.
Elle est parfois reconnue et protégée par l'administration régionale ou par l'État , ou c’est le contraire qui prévaut : l'État ne reconnaît que la langue officielle de l'État, comme c'est le cas pour les langues régionales de France. Ces langues sont alors sans statut, même si leur usage n'est pas interdit .La plupart des États européens reconnaissent les langues régionales, et leur accordent un statut, comme c'est le cas de tous les pays limitrophes de la France, comme la Belgique, le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie, la Suisse, et l'Allemagne . Ces langues appelées transfrontalières sont parfois reconnues des deux côtés de la frontière, ou seulement d'un seul côté, comme c'est le cas du basque ou du catalan qui ont un statut en Espagne mais pas en France.
Une langue minoritaire n'est pas forcément régionale, c’est le cas la langue arabe en France , elle est minoritaire sans être identifiée à un territoire.
III- la diglossie : on parle de diglossie pour désigner l'état dans lequel se trouvent deux variétés linguistiques coexistant sur un territoire donné et ayant des statuts et des fonctions sociales distinctes, l'une étant qualifiée comme supérieure et l’autre inférieure au regard de leurs usagers ; les deux variétés , en compétition , peuvent être des dialectes issues d'une même langue ou bien elles appartiennent à deux langues différentes.
Elle a été utilisée et développée pour la differencier du terme de « bilinguisme », qui est envisagé ainsi du point de vue de l'individu qui est capable de mobiliser plusieurs variétés de langage ;au contraire, la diglossie est un phénomène sociétal, caractéristisée par la coexistence et la répartition socialement codifiée de plusieurs variétés ; en principe , il existe des situations de diglossie avec ou sans bilinguisme, comme il existe des blinguismes avec ou sans diglossie.
Au Maroc, on assite à la juxtaposition de deux variantes d'une même langue : l'arabe ; l'arabe classique dont l'usage est limité aux médias étatiques et à l'école, langue de prestige et de culture , reconnue comme langue officielle ; l'arabe dialectal, populaire ; langue d'usage quotidien, dans le milieu familial et dans le milieu public , non reconnue et ne jouit d’aucun statut officiel.
Aujourd’hui, après la revalorisation de l’Amazighe, langue ancestrale des marocains , sa reconnaissance par les pouvoirs en place ( création de l’IRCAM) , son introduction dans les médias ( canal 8 ), son enseignement à l'école , sa constitutionalisation ( discours royal du 9 Mars 2011) , il est permis de revendiquer et d’accorder le statut de langue officielle à l’Amazighe , pour consolider ces aquis , puisqu'elle est une langue vivante du seul fait qu’elle est pratiquée et parlée par une population fort importante sur un espace géographique bien délimité. ; d’autant plus qu’on dispose de plusieurs experiences de par le monde, aussi bien en Europe ( la Belgique, le canada, l’Espagne, la Suisse ) qu’en Afrique, que nous pouvons mettre à profit pour réaliser un amenagement des langues propres au Maroc et qui répond à sa réalité linguistique , sans pour autant réinitialiser une relation diglossique entre l’Amazighe et l’Arabe.
Webographie, notre source principale, Encarta et wikepedia.
Ahmed Bououd., Rabat 28 Avril 2011.
bououd1@yahoo.fr
http://bououd.e-monsite.com.
langue amazighe
dimanche 1 mai 2011
l'amazighité et l'identité linguistique
L’amazighité et l’identité linguistique : la langue comme marqueur identitaire .
Par Ahmed Bououd.
I-introduction
la question de la dimension culturelle du langage a été , de tout temps , présentée comme étant complexe , surtout quand on lui subordonne celle de l’identité : à ce niveau quelques points méritent d’être exposés , on relève d’abord les différents types d’identités :
-l’identité individuelle (personnelle , psychologique )
- l’identité sociale (sociologique)
-L’identité culturelle qui concerne à la fois le groupe , la communauté et la nation.
Elle est constituée par le comportement des individus vivant dans une collectivité, par leur langage ( qui subsume la langue et la parole ) : la langue qui est le marqueur identitaire d’un groupe , se trouve réalisée par la parole qui représente les façons de parler ‘’ ou styles ‘’ propres aux usagers de la langue du groupe
II –les identites
Parmi les approches de la question identitaire , on relève : les points de vue sociologique,anthropologique, psychologique, historique, etc. la question de l’identité se pose en ces termes :Est-elle individuelle ou collective ? Nationale ou culturelle ?
a-l’ individu , par nature , appartient à son groupe d’appartenance supposé réel, dans le cas contraire , il cherche à appartenir à un groupe de référence souvent idéalisé, imaginé, auquel il désire appartenir .par là , appartient-il à un seul groupe ou n’a-t il pas une « multi-appartenance » du fait de l’âge, du sexe, de la profession, de la culture , de la religion., de la .classe sociale, de la géographie ..etc. ?
l’individu ne cherche t il pas à se voir comme un être singulier, différent des autres dans le groupe?Ne se définit-il pas par opposition à d’autres groupes , chose qui ne va pas sans créer Le terme crise , qui , recouvre un champ sémantique très vaste: crise identitaire, crise culturelle, crise générationnelle, crise citoyenne, crise communautaire, etc.
b- L'identité en psychologie :c’est l'identité personnelle, subjective ,individuelle qui englobe des notions la conscience de soi et la représentation de soi , c’est que l'identité de l'individu est le « sentiment subjectif d'une unité personnelle» (Erik Erikson1972), alors que Jean Piaget insiste sur la notion de socialisation de l'individu à travers une intériorisation des représentations sociales qui s’opère principalement par le langage.
c-L'identité en sociologie renferme le rapport entre le collectif et l'individuel, elle se construit à travers des classifications, des statuts sociaux ou professionnels, des relations intra-groupales et inter-groupales (groupes, sous-groupes : « jeune », « étudiant », …) , elle est dite « objective » puisqu’elle se réfère aux statuts que le sujet partage avec les autres membres de ses différents groupes d'appartenance (sexe , homme /femme ), âge ( adulte..), métier,club ( ouidadi, rajaoui…) , les attributs catégoriels où se rangent les individus pour faire valoir une identité qui leur sont assignées. ; ainsi ,un individu , par son identité personnelle , est un homme ou une femme. Par son identité sociale , il est médecin , enseignant , parlant un idiome particulier , résidant une ville donnée , soutenant un club de sa ville …autrement dit , ne cherche t il pas à se voir comme un être singulier, différent des autres ?
d-identité nationale » (sentiment national ,conscience nationale ), termes qui désignent le sentiment ressenti par une personne d'appartenir à une nation., elle englobe des « points communs » entre les personnes censées se reconnaître dans une même nation et former ainsi un ensemble d'habitus ( P.Bourdieu ).
Souvent, il existe un lien intime entre la langue et le sentiment d’appartenance à un groupe ou à une identité nationale.c est le cas de l’existence d’une seule « langue nationale », parlée par tous les individus partageant la même identité nationale. Cependant , d’autres situations existent qui impliquent plusieurs langues sur un même territoire (Suisse ,Belgique ) où ces langues concernées sont portées par plusieurs identités nationales (langue allemande ).
Il y a lieu de ne pas confondre l'« identité nationale » qui est un sentiment, avec la nationalité qui est une appartenance, soit politique ou juridique ( nationalité marocaine ), soit ethnique (communauté linguistique, culturelle, religieuse ou sociale, ex : arabes , amazighes , musulmans , chrétiens, laïcs…) , idéologique ( parti politique ). Le sentiment d'identité est intime à chaque personne et dépend de la manière dont s'effectue l'intériorisation des repères identitaires tels que la langue ,les pratiques sociales, la culture, la musique, la cuisine, et autres;généralement, l'identité d'une personne n'est pas figée, elle évolue à travers le temps ; de même qu’il peut se renforcer lorsque celle-ci est menacée de disparition , de stigmatisation et de marginalisation.
En résumé ,une même personnalité peut d’ailleurs abriter et faire l’objet de plusieurs identités ( pluri-identitaire ), lorsqu’elles servent t de refuge d’un passéisme recherché , elles sont statiques et immuables ; et si elles sont dynamiques donc évolutives , elles s’exprimeront dans plusieurs registres et sous plusieurs aspects..
-III-IDENTITE LINGUISTIQUE.
a- definitiions :
la langue se définit comme un système de signes doublement articulés, c'est-à-dire que la construction du sens se fait à deux niveaux d'articulation :- celui des entités significatives (morphèmes et lexèmes) formant les énoncés et celui des unités distinctives (phonèmes) formant les unités signifiantes. André Martinet précise que l'ordre de description commence par le deuxième niveau d'articulation (les phonèmes , phonétique) pour aller vers le premier (la combinatoire des unités signifiantes , morphologie, syntaxe…)., depuis Ferdinand de Saussure, on distingue également, la langue et la parole, qui est l'utilisation et la réalisation effective du système de la langue par ses locuteurs, quant au langage , il est la faculté humaine mise en œuvre au moyen de la langue ; ce qui fait que la langue n'est qu'un langage parmi d'autres : vestimentaire, visuel , iconique, scripturaire….
b- La langue a-t-elle un rôle identitaire ? serait elle le garant d’une identité collective puisqu’ ‘elle est parlée par toute une communauté.. ? de cette idée deux remarques sont à évoquer :
-certaines nations sont arrivées à homogénéiser et à uniformiser les diversités linguistiques et les différences culturelles régionales (France),
-d’autres assistent à une situation linguistique balkanisée et fragmentée (Espagne, Suisse , Belgique..).
c-la langue est nécessaire à la constitution d’une identité collective, autrement dit elle est constitutive de l'identité nationale , elle est le miroir d’une identité qui se construit en permanence , en fonction de l’environnement physique de ses usagers, ce qui la prédestine à une évolution continuelle , non à un figement et une sclérose totales.
En plus elle garantit et cimente la cohésion sociale de la communauté qui la parle , tout en devenant le réceptacle et le lieu de l’intégration sociale, de l’alphabétisation et de l’acculturation ; il est également nécessaire de rappeler qu’elle crée une solidarité avec le passé et l’histoire à travers les discours portés par cette langue., c est a dire qu’ on doit associer les discours ( les usages de la langue , c est à dire la parole ) et la culture ,sinon comment expliquer que les cultures française et maghrébine ne sont pas identiques malgré l’emploi d’une même langue ( le français ou l’arabe )? La langue doit son existence et sa réalisation au discours ( parole ), c’est elle qui la met en œuvre et identifie l’identité de ses utilisateurs( parler amazighe c’est s’est étiqueté comme amazighe , c’est utilisé la particule d’appartenance , ait ‘’ ceux de ‘’ et u ‘’ celui de ‘’ ) , c est pour cela qu’ il faut veiller à ce que l’identité linguistique ne doive pas être confondue avec l’identité discursive( l’usage, la parole ).,qui témoigne et porte les spécificités culturelles d’une communauté., les façons de parler , les styles ,les registres , les manières de raisonner, de raconter, de persuader, de séduire , d’expliquer ….; tout simplement , c’est le discours qui façonne et structure la pensée du groupe auquel appartient celui qui parle ou écrit, pour cela on parle de la pensée en amazighe , en français, en arabe … cette pensée pourra être exprimée et traduite aussi dans une autre langue ( un autre discours ) que la langue d’origine , pour les locuteurs bilingues ;une question mérite d’être posée : Est-ce qu’ on change de culture quand on change de langue et de discours ? Est-ce qu’un amazighe change de culture lorsqu’il se met à parler en arabe ou en français ? à ce niveau , la langue (en tant que système formel ) joue le rôle du marqueur et du représentant de l’ identité ethnique, sociale , religieuse , culturelle ou nationale de son usager :phénomène qui s’accentue à chaque fois que l’usager de la langue désire reprendre , revisiter ou chercher une identité perdue dans des situations de colonialisme politique, d’acculturation et de déculturation, pour reconstruire l’identité communautaire autour des valeurs symboliques qui les inscrivent dans des filiations historiques diverses. Il faut ajouter que la notion de filiation a servi de critère déterminant à l’institutionnalisation de l’identité d’une communauté linguistique à travers sa langue , qui serait héritée et transmise de façon naturelle aux générations futures .
Deux remarques s’imposent :la langue est-elle porteuse d’une identité plurilingue et que faire dans les cas de la perte de langue et de l’identité ?
d-Perte de langue : perte d’identité ?
Les langues «meurent» quand elles n’ont plus de locuteurs qui les parlent , absence de vitalité linguistique de la langue menacée , qui a conduit que ces locuteurs ont choisi d’inscrire leur identité linguistique ailleurs, dans une autre langue, numériquement puissante, socialement valorisante, en opérant un processus de substitution de la langue dominée par la survalorisation de la langue dominante , ceci peut s’étaler sur plusieurs générations ;cette perte est un argument fort qui montre la relation d’interdépendance vitale qui existe entre l’individu , son identité linguistique et sa langue.
Comme réaction au danger de la perte de l’ identité linguistique, certains sujets ou locuteurs ont manifesté une résistance à l’apprentissage de la langue dominante , de peur de se séparer du groupe ethnique et culturelle de l’ identité sociale et linguistique d’origine : ils sentent le risque de la domination et de la phagocytose de leur langue , ce qui raffermit le lien entre leur identité sociale et leur identité linguistique. A l’inverse, les usagers de la langue dominante pour lesquels la question de la survie ne se pose pas ont une identité sociale moins associée et moins forte par rapport à l’identité linguistique.
Les langues sont des symboles et des marqueurs d’identité ; utilisées par leurs locuteurs pour marquer leurs identités , et aussi pour catégoriser leurs pairs en fonction de la langue qu’ils parlent , en leur attribuant des glottonymes , par référence à ses auteurs ou monuments littéraires les plus illustres ou bien en mettant l'accent sur l'émotion principale qui en ressort.
Ex :
-allemand : langue de Goethe ; langue de l’industrie
-anglais : langue de Shakespeare, langue de commerce
-français : langue de Molière ; langue de la diplomatie.
Pour l’arabe : langue d'Ismaël, langue du Coran , les Arabes s’attribuent le qualificatif identitaire "la langue du ḍād" phonème qu'on croyait unique et spécifique à la langue arabe et qui exclue les autres langues de la typologie linguistique .
La langue amazighe , quant à elle renvoie à d’autres valeurs :essentiellement orale, elle a développé une littérature orale englobant les mythes, l’imaginaire, les légendes, la poésie..., malgré toutes les vicissitudes de l’Histoire et l’inconstance des aléas de la nature , elle a survécue aux langues des civilisations hégémoniques, déjà mortes , éteintes ou disparues( latin, grec, français, arabe…) . Elle est le lien fédérateur qui unie tous les amazighes ( de l’atlantique jusqu’en Egypte , et de la méditerranée jusqu’ au Mali ) dans leur Histoire, leur civilisation, leur culture depuis des millénaires.
IV-Langue identité culturelle : l’alternance codique (code switching) ou les langues mêlées, métissées ou en contact (code mixing) traduisent et renvoient aux réalités culturelles diverses des sociétés multilingues et de la relation qui se noue , dans le cadre de l’immigration par exemple , entre la société d’accueil et celle de la société d’origine, ou plus précisément celle vécue dans le contexte familial.
Ll’identité culturelle ? Est-elle héritée ? Imposée ? A-t-elle une origine ?Cet état de choses avance l’idée que l’identité culturelle a une histoire ,une origine vers laquelle on se retourne avec nostalgie et que l’on désire récupérer.
Dès lors, s’opère un mouvement de retour vers ces origines et ces sources aussi bien de la part des individus que des groupes sociaux, avec une volonté plus ou moins affirmée de retrouver et de rechercher ce « paradis perdu ». Cette origine se concrétise et se matérialise dans et à travers une langue (l’amazighe ) pour revisiter les coutumes anciennes , les us et traditions ancestrales (azref , tada , tawala , tawiza …), ou encore dans la relecture des valeurs religieuses (les intégrismes) et culturelles ( festivals) pour affirmer l’authenticité de l’ être et de l’identité ; pour les groupes ,on relève quatre réactions dans le cas de la non-satisfaction des revendications culturelles et de la non-reconnaissance de l’identité linguistique:
- Le repli du groupe sur soi ,c’est quand la présence d’un autre groupe cherchant à dominer le groupe minoré que cette présence devienne menaçante jusqu’ a provoquer une réaction revendiquant des valeurs qui lui sont intrinsèques , ceci favorise alors la construction des régionalismes et des communautarismes.
- L’ouverture du groupe vers les autres , une pression se fait de part et d’autre , ce qui poussent les deux groupes à s’ouvrir l’un sur l’autre , à précipiter en même temps l’assimilation et l’interpénétration des composantes des groupes en contact.
- La domination d’un groupe par l’autre,le groupe dominant , linguistiquement et culturellement ,cherche à fusionner et phagocyter le groupe dominé ,c’est ce qui produit et engendre les linguicides et les déculturations lors des colonisation et des mouvements d’immigration.
- La mixité du groupe,le contact et la coexistence des deux groupes sur un même territoire génèrent un mélange des caractéristiques inhérentes aux groupes par le biais de l’hybridation linguistique et les croisements maritaux.
V-Qu’est-ce que l’identité amazighe ?
Définir l’identité en général n'est pas chose aisée , comme on vient de le voir , l'identité amazighe n'échappe pas à la règle, d'autant plus qu'il n'y a pas eu d’ entité régionale , culturelle , linguistique se définissant comme amazighe sur la base du découpage administratif et territorial (Bououd 2011 ). La conscience identitaire amazighe s’affirme par la langue , principe fédérateur des différents groupes Chleuhs, Rifains, amazighes , Touaregs Kabyles ; au trait linguistique identificatoire utilisé par les amazighes se greffe une distinction culturelle pour affirmer et maintenir les différences au niveau de la gastronomie, de l’art, de l’architecture, de la littérature, du chant , des techniques d’irrigation,…..
VI-le communautarisme
a-Vraisemblablement les droits individuels risquent de se différencier en fonction de l’ appartenance à telle ou telle communauté, fondée sur une religion, une ethnie ou une communauté linguistique. Mais l’individu est simplement engagé dans une histoire dont il ne peut se départir , ni lui renoncer.,une fois membre d’une communauté, il devient difficile de le désagréger et de le désintegrer de son groupe.
b-ce qui confirme qu’aucune perspective n'existe en dehors de la communauté et il est impossible de se détacher de son histoire et de sa culture, ce qui accentue davantage la prééminence et la primauté de la communauté par rapport à l'individu, les valeurs de référence sont traditionnelles, construites à partir d’ une religion et d’ un passé mythique .
Situations qui font naître des formes de communautarisme souvent empreintes de fanatisme religieux ,de traditionalisme , d’idéologies dominantes , capables de sectoriser et de fragmenter n’importe quelle société humaine ,selon Pierre-André Taguieff, « le "communautarisme" est vu comme un opérateur d'illégitimation et comme un projet « sociopolitique visant à soumettre les membres d'un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe, à telle communauté, bref à contrôler les opinions, les croyances, les comportements de ceux qui appartiennent en principe à cette communauté ».
Le terme "communautarisme" est utilisé, surtout en langue française pour désigner avec une intention critique toute forme d'ethnocentrisme ou de sociocentrisme, toute autocentration de groupe, impliquant une autovalorisation et une tendance à la fermeture sur soi, dans un contexte culturel dit "postmoderne" où l'"ouverture", et plus particulièrement l'"ouverture à l'autre", est fortement valorisée... » (Pierre-André Taguieff).Ces principes s'opposent donc à la reconnaissance de groupes diasporiques et de minorités nationales autres que la communauté des citoyens, quelles qu'en soient leur nature (raciale, ethnique, linguistique, religieuse...).
c-La ville est certes un espace de langues, un laboratoire des variations linguistiques , ou tout simplement un lieu où se confrontent, se côtoient, s'apparient des communautés linguistiques , ethniques, sociales , religieuses. Ce lieu est le foyer des tensions et des conflits entre les différentes communautés meublant l’espace urbain ; l’usage des langues , le multilinguisme de la ville participent-ils à l’émergence et à la gestation d’une communauté linguistique urbaine d’un côté , et de l’autre , une communauté linguistique rurale ? quelle est la dynamique et le rapport entretenu entre les langues parlées dans la ville et la construction identitaire de ses usagers ?Quel serait la place de l’imaginaire linguistique et le discours produit par ce dernier dans les paratiques langagières des citadins ?
VII-Conclusion
C’est au nom de ces imaginaires linguistiques et culturels que se créent les communautarismes de territoires, de groupes, d’ethnies, de laïques , de religieux….sans toutefois oublier que le communautarisme renferme des pièges : ceux d’enfermement, de repli, de catégorisation des individus dans des nomenclatures , qui ne les font agir et penser qu’en fonction des étiquettes qu’ils portent sur eux ; il est donc judicieux de défendre l’idée que toute société se compose de multiples communautés qui s’entrecroisent sur un même territoire et se reconnaissent mutuellement.
Au fond, toutes les sociétés humaines sont composites ou tendent à le devenir de plus en plus : mouvements de migrations et d’intégrations d’un côté, multiplication des communautarismes de l’autre.
En effet ,l’identité culturelle est le carrefour de l’universalisme des valeurs et la spécificité de celles-ci. L’histoire est faite, de la mobilité des groupes humains, de rencontres d’individus,
de populations, de conflits, d’affrontements, de tensions …dont l’issue est tantôt l’élimination , l’exclusion de l’une des parties, tantôt l’intégration de l’une des parties dans l’autre ou l’assimilation de l’une par l’autre, mais toujours à travers des rapports de domination ;il s’est quand même produit des brassages d’ethnies, de religions, de pensées, d’us et coutumes, faisant que tout groupe culturel est plus ou moins composite.Les groupes sociaux , en construction , doivent savoir se situer entre deux orientations : tendance à l’« hybridation» des formes de vie, de pensée et de création, et tendance à l’«homogénéisation» des représentations à des fins de survie identitaire .
VIII-BIBLIOGRAPHIE
Benveniste, E. (1966). Problèmes de linguistique générale, Volume 1, Paris, Editions
Gallimard.
Bourdieu, P. (1982). Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques.
Paris, Editions Fayard.
Calvet, Louis Jean (2002) La sociolinguistique 4ème édition, PUF, Paris
Calvet, L.J. (1993). «Français et urbanisation» in Didier de Robillard et Michel Beniamini (Ed.). Le français dans l’espace francophone, Tome I, Paris, Champion
DABENE (L.) (sous la direction de). Langues et Migrations. Centre de Didactique des Langues, Publication de l'Université de Grenoble III, 1981.
DABENE (L.), BILLIEZ (J.). Recherches sur la situation sociolinguistique des jeunes issus de l'immigration(Première partie). Rapport ronéoté, Université de Grenoble III, mai 1984.
GROSJEAN (F.). Le bilinguisme : vivre avec deux langues. Tranel, n° 7, Neuchâtel, 1984, pp. 15-39.
Hagège, H. (1985). L’homme de paroles. Contribution linguistique aux sciences humaines.Paris, Editions Fayard.
LABOV (W.). Sociolinguistique. Minuit, Paris, 1978.
Laponce, J. (1984). Langue et territoire. Centre International de Recherche sur le
Bilinguisme. Presses de l’université de Laval.
Martiniello, M. (1995). L’ethnicité dans les sciences sociales contemporaines. Paris, Que sais-je ? PUF
Mackey W.F: « Interaction, interférence et interlangue», in «Actes du 2e colloque sur la didactique des langues», Laval, oct.1981, Publications du Centre International de Recherches sur le Bilinguisme,Université de Laval, Québec.
wikepedia et encarta.
**Ahmed Bououd , FLSH , Université Hassan II , Ain Chock , Casablanca
Bououd1@yahoo.fr
Htpp://bououd.e-monsite.com
Rabat 26 Avril 2011.
Par Ahmed Bououd.
I-introduction
la question de la dimension culturelle du langage a été , de tout temps , présentée comme étant complexe , surtout quand on lui subordonne celle de l’identité : à ce niveau quelques points méritent d’être exposés , on relève d’abord les différents types d’identités :
-l’identité individuelle (personnelle , psychologique )
- l’identité sociale (sociologique)
-L’identité culturelle qui concerne à la fois le groupe , la communauté et la nation.
Elle est constituée par le comportement des individus vivant dans une collectivité, par leur langage ( qui subsume la langue et la parole ) : la langue qui est le marqueur identitaire d’un groupe , se trouve réalisée par la parole qui représente les façons de parler ‘’ ou styles ‘’ propres aux usagers de la langue du groupe
II –les identites
Parmi les approches de la question identitaire , on relève : les points de vue sociologique,anthropologique, psychologique, historique, etc. la question de l’identité se pose en ces termes :Est-elle individuelle ou collective ? Nationale ou culturelle ?
a-l’ individu , par nature , appartient à son groupe d’appartenance supposé réel, dans le cas contraire , il cherche à appartenir à un groupe de référence souvent idéalisé, imaginé, auquel il désire appartenir .par là , appartient-il à un seul groupe ou n’a-t il pas une « multi-appartenance » du fait de l’âge, du sexe, de la profession, de la culture , de la religion., de la .classe sociale, de la géographie ..etc. ?
l’individu ne cherche t il pas à se voir comme un être singulier, différent des autres dans le groupe?Ne se définit-il pas par opposition à d’autres groupes , chose qui ne va pas sans créer Le terme crise , qui , recouvre un champ sémantique très vaste: crise identitaire, crise culturelle, crise générationnelle, crise citoyenne, crise communautaire, etc.
b- L'identité en psychologie :c’est l'identité personnelle, subjective ,individuelle qui englobe des notions la conscience de soi et la représentation de soi , c’est que l'identité de l'individu est le « sentiment subjectif d'une unité personnelle» (Erik Erikson1972), alors que Jean Piaget insiste sur la notion de socialisation de l'individu à travers une intériorisation des représentations sociales qui s’opère principalement par le langage.
c-L'identité en sociologie renferme le rapport entre le collectif et l'individuel, elle se construit à travers des classifications, des statuts sociaux ou professionnels, des relations intra-groupales et inter-groupales (groupes, sous-groupes : « jeune », « étudiant », …) , elle est dite « objective » puisqu’elle se réfère aux statuts que le sujet partage avec les autres membres de ses différents groupes d'appartenance (sexe , homme /femme ), âge ( adulte..), métier,club ( ouidadi, rajaoui…) , les attributs catégoriels où se rangent les individus pour faire valoir une identité qui leur sont assignées. ; ainsi ,un individu , par son identité personnelle , est un homme ou une femme. Par son identité sociale , il est médecin , enseignant , parlant un idiome particulier , résidant une ville donnée , soutenant un club de sa ville …autrement dit , ne cherche t il pas à se voir comme un être singulier, différent des autres ?
d-identité nationale » (sentiment national ,conscience nationale ), termes qui désignent le sentiment ressenti par une personne d'appartenir à une nation., elle englobe des « points communs » entre les personnes censées se reconnaître dans une même nation et former ainsi un ensemble d'habitus ( P.Bourdieu ).
Souvent, il existe un lien intime entre la langue et le sentiment d’appartenance à un groupe ou à une identité nationale.c est le cas de l’existence d’une seule « langue nationale », parlée par tous les individus partageant la même identité nationale. Cependant , d’autres situations existent qui impliquent plusieurs langues sur un même territoire (Suisse ,Belgique ) où ces langues concernées sont portées par plusieurs identités nationales (langue allemande ).
Il y a lieu de ne pas confondre l'« identité nationale » qui est un sentiment, avec la nationalité qui est une appartenance, soit politique ou juridique ( nationalité marocaine ), soit ethnique (communauté linguistique, culturelle, religieuse ou sociale, ex : arabes , amazighes , musulmans , chrétiens, laïcs…) , idéologique ( parti politique ). Le sentiment d'identité est intime à chaque personne et dépend de la manière dont s'effectue l'intériorisation des repères identitaires tels que la langue ,les pratiques sociales, la culture, la musique, la cuisine, et autres;généralement, l'identité d'une personne n'est pas figée, elle évolue à travers le temps ; de même qu’il peut se renforcer lorsque celle-ci est menacée de disparition , de stigmatisation et de marginalisation.
En résumé ,une même personnalité peut d’ailleurs abriter et faire l’objet de plusieurs identités ( pluri-identitaire ), lorsqu’elles servent t de refuge d’un passéisme recherché , elles sont statiques et immuables ; et si elles sont dynamiques donc évolutives , elles s’exprimeront dans plusieurs registres et sous plusieurs aspects..
-III-IDENTITE LINGUISTIQUE.
a- definitiions :
la langue se définit comme un système de signes doublement articulés, c'est-à-dire que la construction du sens se fait à deux niveaux d'articulation :- celui des entités significatives (morphèmes et lexèmes) formant les énoncés et celui des unités distinctives (phonèmes) formant les unités signifiantes. André Martinet précise que l'ordre de description commence par le deuxième niveau d'articulation (les phonèmes , phonétique) pour aller vers le premier (la combinatoire des unités signifiantes , morphologie, syntaxe…)., depuis Ferdinand de Saussure, on distingue également, la langue et la parole, qui est l'utilisation et la réalisation effective du système de la langue par ses locuteurs, quant au langage , il est la faculté humaine mise en œuvre au moyen de la langue ; ce qui fait que la langue n'est qu'un langage parmi d'autres : vestimentaire, visuel , iconique, scripturaire….
b- La langue a-t-elle un rôle identitaire ? serait elle le garant d’une identité collective puisqu’ ‘elle est parlée par toute une communauté.. ? de cette idée deux remarques sont à évoquer :
-certaines nations sont arrivées à homogénéiser et à uniformiser les diversités linguistiques et les différences culturelles régionales (France),
-d’autres assistent à une situation linguistique balkanisée et fragmentée (Espagne, Suisse , Belgique..).
c-la langue est nécessaire à la constitution d’une identité collective, autrement dit elle est constitutive de l'identité nationale , elle est le miroir d’une identité qui se construit en permanence , en fonction de l’environnement physique de ses usagers, ce qui la prédestine à une évolution continuelle , non à un figement et une sclérose totales.
En plus elle garantit et cimente la cohésion sociale de la communauté qui la parle , tout en devenant le réceptacle et le lieu de l’intégration sociale, de l’alphabétisation et de l’acculturation ; il est également nécessaire de rappeler qu’elle crée une solidarité avec le passé et l’histoire à travers les discours portés par cette langue., c est a dire qu’ on doit associer les discours ( les usages de la langue , c est à dire la parole ) et la culture ,sinon comment expliquer que les cultures française et maghrébine ne sont pas identiques malgré l’emploi d’une même langue ( le français ou l’arabe )? La langue doit son existence et sa réalisation au discours ( parole ), c’est elle qui la met en œuvre et identifie l’identité de ses utilisateurs( parler amazighe c’est s’est étiqueté comme amazighe , c’est utilisé la particule d’appartenance , ait ‘’ ceux de ‘’ et u ‘’ celui de ‘’ ) , c est pour cela qu’ il faut veiller à ce que l’identité linguistique ne doive pas être confondue avec l’identité discursive( l’usage, la parole ).,qui témoigne et porte les spécificités culturelles d’une communauté., les façons de parler , les styles ,les registres , les manières de raisonner, de raconter, de persuader, de séduire , d’expliquer ….; tout simplement , c’est le discours qui façonne et structure la pensée du groupe auquel appartient celui qui parle ou écrit, pour cela on parle de la pensée en amazighe , en français, en arabe … cette pensée pourra être exprimée et traduite aussi dans une autre langue ( un autre discours ) que la langue d’origine , pour les locuteurs bilingues ;une question mérite d’être posée : Est-ce qu’ on change de culture quand on change de langue et de discours ? Est-ce qu’un amazighe change de culture lorsqu’il se met à parler en arabe ou en français ? à ce niveau , la langue (en tant que système formel ) joue le rôle du marqueur et du représentant de l’ identité ethnique, sociale , religieuse , culturelle ou nationale de son usager :phénomène qui s’accentue à chaque fois que l’usager de la langue désire reprendre , revisiter ou chercher une identité perdue dans des situations de colonialisme politique, d’acculturation et de déculturation, pour reconstruire l’identité communautaire autour des valeurs symboliques qui les inscrivent dans des filiations historiques diverses. Il faut ajouter que la notion de filiation a servi de critère déterminant à l’institutionnalisation de l’identité d’une communauté linguistique à travers sa langue , qui serait héritée et transmise de façon naturelle aux générations futures .
Deux remarques s’imposent :la langue est-elle porteuse d’une identité plurilingue et que faire dans les cas de la perte de langue et de l’identité ?
d-Perte de langue : perte d’identité ?
Les langues «meurent» quand elles n’ont plus de locuteurs qui les parlent , absence de vitalité linguistique de la langue menacée , qui a conduit que ces locuteurs ont choisi d’inscrire leur identité linguistique ailleurs, dans une autre langue, numériquement puissante, socialement valorisante, en opérant un processus de substitution de la langue dominée par la survalorisation de la langue dominante , ceci peut s’étaler sur plusieurs générations ;cette perte est un argument fort qui montre la relation d’interdépendance vitale qui existe entre l’individu , son identité linguistique et sa langue.
Comme réaction au danger de la perte de l’ identité linguistique, certains sujets ou locuteurs ont manifesté une résistance à l’apprentissage de la langue dominante , de peur de se séparer du groupe ethnique et culturelle de l’ identité sociale et linguistique d’origine : ils sentent le risque de la domination et de la phagocytose de leur langue , ce qui raffermit le lien entre leur identité sociale et leur identité linguistique. A l’inverse, les usagers de la langue dominante pour lesquels la question de la survie ne se pose pas ont une identité sociale moins associée et moins forte par rapport à l’identité linguistique.
Les langues sont des symboles et des marqueurs d’identité ; utilisées par leurs locuteurs pour marquer leurs identités , et aussi pour catégoriser leurs pairs en fonction de la langue qu’ils parlent , en leur attribuant des glottonymes , par référence à ses auteurs ou monuments littéraires les plus illustres ou bien en mettant l'accent sur l'émotion principale qui en ressort.
Ex :
-allemand : langue de Goethe ; langue de l’industrie
-anglais : langue de Shakespeare, langue de commerce
-français : langue de Molière ; langue de la diplomatie.
Pour l’arabe : langue d'Ismaël, langue du Coran , les Arabes s’attribuent le qualificatif identitaire "la langue du ḍād" phonème qu'on croyait unique et spécifique à la langue arabe et qui exclue les autres langues de la typologie linguistique .
La langue amazighe , quant à elle renvoie à d’autres valeurs :essentiellement orale, elle a développé une littérature orale englobant les mythes, l’imaginaire, les légendes, la poésie..., malgré toutes les vicissitudes de l’Histoire et l’inconstance des aléas de la nature , elle a survécue aux langues des civilisations hégémoniques, déjà mortes , éteintes ou disparues( latin, grec, français, arabe…) . Elle est le lien fédérateur qui unie tous les amazighes ( de l’atlantique jusqu’en Egypte , et de la méditerranée jusqu’ au Mali ) dans leur Histoire, leur civilisation, leur culture depuis des millénaires.
IV-Langue identité culturelle : l’alternance codique (code switching) ou les langues mêlées, métissées ou en contact (code mixing) traduisent et renvoient aux réalités culturelles diverses des sociétés multilingues et de la relation qui se noue , dans le cadre de l’immigration par exemple , entre la société d’accueil et celle de la société d’origine, ou plus précisément celle vécue dans le contexte familial.
Ll’identité culturelle ? Est-elle héritée ? Imposée ? A-t-elle une origine ?Cet état de choses avance l’idée que l’identité culturelle a une histoire ,une origine vers laquelle on se retourne avec nostalgie et que l’on désire récupérer.
Dès lors, s’opère un mouvement de retour vers ces origines et ces sources aussi bien de la part des individus que des groupes sociaux, avec une volonté plus ou moins affirmée de retrouver et de rechercher ce « paradis perdu ». Cette origine se concrétise et se matérialise dans et à travers une langue (l’amazighe ) pour revisiter les coutumes anciennes , les us et traditions ancestrales (azref , tada , tawala , tawiza …), ou encore dans la relecture des valeurs religieuses (les intégrismes) et culturelles ( festivals) pour affirmer l’authenticité de l’ être et de l’identité ; pour les groupes ,on relève quatre réactions dans le cas de la non-satisfaction des revendications culturelles et de la non-reconnaissance de l’identité linguistique:
- Le repli du groupe sur soi ,c’est quand la présence d’un autre groupe cherchant à dominer le groupe minoré que cette présence devienne menaçante jusqu’ a provoquer une réaction revendiquant des valeurs qui lui sont intrinsèques , ceci favorise alors la construction des régionalismes et des communautarismes.
- L’ouverture du groupe vers les autres , une pression se fait de part et d’autre , ce qui poussent les deux groupes à s’ouvrir l’un sur l’autre , à précipiter en même temps l’assimilation et l’interpénétration des composantes des groupes en contact.
- La domination d’un groupe par l’autre,le groupe dominant , linguistiquement et culturellement ,cherche à fusionner et phagocyter le groupe dominé ,c’est ce qui produit et engendre les linguicides et les déculturations lors des colonisation et des mouvements d’immigration.
- La mixité du groupe,le contact et la coexistence des deux groupes sur un même territoire génèrent un mélange des caractéristiques inhérentes aux groupes par le biais de l’hybridation linguistique et les croisements maritaux.
V-Qu’est-ce que l’identité amazighe ?
Définir l’identité en général n'est pas chose aisée , comme on vient de le voir , l'identité amazighe n'échappe pas à la règle, d'autant plus qu'il n'y a pas eu d’ entité régionale , culturelle , linguistique se définissant comme amazighe sur la base du découpage administratif et territorial (Bououd 2011 ). La conscience identitaire amazighe s’affirme par la langue , principe fédérateur des différents groupes Chleuhs, Rifains, amazighes , Touaregs Kabyles ; au trait linguistique identificatoire utilisé par les amazighes se greffe une distinction culturelle pour affirmer et maintenir les différences au niveau de la gastronomie, de l’art, de l’architecture, de la littérature, du chant , des techniques d’irrigation,…..
VI-le communautarisme
a-Vraisemblablement les droits individuels risquent de se différencier en fonction de l’ appartenance à telle ou telle communauté, fondée sur une religion, une ethnie ou une communauté linguistique. Mais l’individu est simplement engagé dans une histoire dont il ne peut se départir , ni lui renoncer.,une fois membre d’une communauté, il devient difficile de le désagréger et de le désintegrer de son groupe.
b-ce qui confirme qu’aucune perspective n'existe en dehors de la communauté et il est impossible de se détacher de son histoire et de sa culture, ce qui accentue davantage la prééminence et la primauté de la communauté par rapport à l'individu, les valeurs de référence sont traditionnelles, construites à partir d’ une religion et d’ un passé mythique .
Situations qui font naître des formes de communautarisme souvent empreintes de fanatisme religieux ,de traditionalisme , d’idéologies dominantes , capables de sectoriser et de fragmenter n’importe quelle société humaine ,selon Pierre-André Taguieff, « le "communautarisme" est vu comme un opérateur d'illégitimation et comme un projet « sociopolitique visant à soumettre les membres d'un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe, à telle communauté, bref à contrôler les opinions, les croyances, les comportements de ceux qui appartiennent en principe à cette communauté ».
Le terme "communautarisme" est utilisé, surtout en langue française pour désigner avec une intention critique toute forme d'ethnocentrisme ou de sociocentrisme, toute autocentration de groupe, impliquant une autovalorisation et une tendance à la fermeture sur soi, dans un contexte culturel dit "postmoderne" où l'"ouverture", et plus particulièrement l'"ouverture à l'autre", est fortement valorisée... » (Pierre-André Taguieff).Ces principes s'opposent donc à la reconnaissance de groupes diasporiques et de minorités nationales autres que la communauté des citoyens, quelles qu'en soient leur nature (raciale, ethnique, linguistique, religieuse...).
c-La ville est certes un espace de langues, un laboratoire des variations linguistiques , ou tout simplement un lieu où se confrontent, se côtoient, s'apparient des communautés linguistiques , ethniques, sociales , religieuses. Ce lieu est le foyer des tensions et des conflits entre les différentes communautés meublant l’espace urbain ; l’usage des langues , le multilinguisme de la ville participent-ils à l’émergence et à la gestation d’une communauté linguistique urbaine d’un côté , et de l’autre , une communauté linguistique rurale ? quelle est la dynamique et le rapport entretenu entre les langues parlées dans la ville et la construction identitaire de ses usagers ?Quel serait la place de l’imaginaire linguistique et le discours produit par ce dernier dans les paratiques langagières des citadins ?
VII-Conclusion
C’est au nom de ces imaginaires linguistiques et culturels que se créent les communautarismes de territoires, de groupes, d’ethnies, de laïques , de religieux….sans toutefois oublier que le communautarisme renferme des pièges : ceux d’enfermement, de repli, de catégorisation des individus dans des nomenclatures , qui ne les font agir et penser qu’en fonction des étiquettes qu’ils portent sur eux ; il est donc judicieux de défendre l’idée que toute société se compose de multiples communautés qui s’entrecroisent sur un même territoire et se reconnaissent mutuellement.
Au fond, toutes les sociétés humaines sont composites ou tendent à le devenir de plus en plus : mouvements de migrations et d’intégrations d’un côté, multiplication des communautarismes de l’autre.
En effet ,l’identité culturelle est le carrefour de l’universalisme des valeurs et la spécificité de celles-ci. L’histoire est faite, de la mobilité des groupes humains, de rencontres d’individus,
de populations, de conflits, d’affrontements, de tensions …dont l’issue est tantôt l’élimination , l’exclusion de l’une des parties, tantôt l’intégration de l’une des parties dans l’autre ou l’assimilation de l’une par l’autre, mais toujours à travers des rapports de domination ;il s’est quand même produit des brassages d’ethnies, de religions, de pensées, d’us et coutumes, faisant que tout groupe culturel est plus ou moins composite.Les groupes sociaux , en construction , doivent savoir se situer entre deux orientations : tendance à l’« hybridation» des formes de vie, de pensée et de création, et tendance à l’«homogénéisation» des représentations à des fins de survie identitaire .
VIII-BIBLIOGRAPHIE
Benveniste, E. (1966). Problèmes de linguistique générale, Volume 1, Paris, Editions
Gallimard.
Bourdieu, P. (1982). Ce que parler veut dire. L’économie des échanges linguistiques.
Paris, Editions Fayard.
Calvet, Louis Jean (2002) La sociolinguistique 4ème édition, PUF, Paris
Calvet, L.J. (1993). «Français et urbanisation» in Didier de Robillard et Michel Beniamini (Ed.). Le français dans l’espace francophone, Tome I, Paris, Champion
DABENE (L.) (sous la direction de). Langues et Migrations. Centre de Didactique des Langues, Publication de l'Université de Grenoble III, 1981.
DABENE (L.), BILLIEZ (J.). Recherches sur la situation sociolinguistique des jeunes issus de l'immigration(Première partie). Rapport ronéoté, Université de Grenoble III, mai 1984.
GROSJEAN (F.). Le bilinguisme : vivre avec deux langues. Tranel, n° 7, Neuchâtel, 1984, pp. 15-39.
Hagège, H. (1985). L’homme de paroles. Contribution linguistique aux sciences humaines.Paris, Editions Fayard.
LABOV (W.). Sociolinguistique. Minuit, Paris, 1978.
Laponce, J. (1984). Langue et territoire. Centre International de Recherche sur le
Bilinguisme. Presses de l’université de Laval.
Martiniello, M. (1995). L’ethnicité dans les sciences sociales contemporaines. Paris, Que sais-je ? PUF
Mackey W.F: « Interaction, interférence et interlangue», in «Actes du 2e colloque sur la didactique des langues», Laval, oct.1981, Publications du Centre International de Recherches sur le Bilinguisme,Université de Laval, Québec.
wikepedia et encarta.
**Ahmed Bououd , FLSH , Université Hassan II , Ain Chock , Casablanca
Bououd1@yahoo.fr
Htpp://bououd.e-monsite.com
Rabat 26 Avril 2011.
mardi 22 mars 2011
jeudi 9 juillet 2009
les adverbes
LES ADVERBES
1 - Les grammaires traditionnelles font des adverbes un classement fondé sur le sens ; elles distinguent les adverbes de lieu , de temps , de manière , d'intensité, de quantité •••
Ainsi l'hétérogénéité qui régne au sein des adverbes concerne, essentiellemet les adverbes de temps qui se répartissent en sous-classes selon qu'ils précisent le moment de l'action ( dġi " maintenant" ) , la durée de l'action ( dima " toujours" ) , l'ordre de succession de l'action ( qbl " avant") •• '
2- En face de la définition traditionnelle, les fonctionnalistes définissent les adverbes comme des" monémes ou des synthémes autonomes" (1) marquant, par eux - mêmes , leur fonction •
Notre étude portera sur l'adverbe de négation ur (2) , les adverbes interrogatifs (3) , les adverbes de comparaison, les adverbes compatibles avec les prépositions, les adverbes non-compatibles avec les prépositions, les adverbes has et hlli " seulement " (4) , les adverbes à valeur modale , les adverbes de quantité.
-1- L'ADVERBE DE NEGATION : ur
1 - La négation, comme l'interrogation, est un domaine où convergent les recherches en syntaxe , pragmatique ( " énonciatique " ) , sémantique et logique • Du point de vue linguistique , sur le terme " négation" pése une ambiguIté " puisqu,'il peut renvoyer tant à la forme de l'énoncé qu'à son sens" (1) Il s'agit, donc, de distinguer entre une négation formelle, caracterisée par la présence d'un monéme de négation; et une négation sémantique, c'est à dire le sens négatif d'un énoncé sa négativité sémantique. (2) .
2- Dans le parler des AIt Sadden , la négation s'opére par le monéme ur , qui porte sur le prédicat verbal; tandis que uridd (3) détermine les prédicats non- verbaux • Quand uridd nie un prédicat verbal , il est suivi , obligatoirement , de is ;
(B.174) uiridd is ira ad iqqim ... " ce n'est pas parce qu'il voulait rester •••• "
les deux variantes (uridd - maci ) peuvent actualiser comme prédicats un syntagme autonomisé :
(B.175) uridd zi fas ay d idda
maci zi fas ay d idda •
" ce n'est pas de Fés qu'il est venu. "
(9.16) ( ••• ) la cix luqr i yxf inw , uridd i ddll ( ••• )
( ••• ) je me serai tenu à l'écart au lieu de cette humilia tian
(363) ( ••• ) lħbs d lbarud i iryzn a mi illa , ur idd i t3yyalin ( •••
" ( ••• ) la prison et le combat, c'est pour les hommes qu'ils sont faits et non pour les femmes ( ••• ) " (4)
ou un syntagme verbal :
. (12.10) ( ••• ) la ytswwar maci la ytaru
( ••• ) il n'écrit pas mai s il photographie
3 - ur peut coexister avec les modalités aspectuelles :
a) accompli :
Comme il a été signalé (5) , les thémes verbaux des formes de l'acc. et de l'acc. négatif sont soit identiques, soit differents à l'aide des alternances vocaliques; en combinaison avec l'acc. concomitant, il y a neutralisation:
iDa
eu
~
ur
iDi
Idda 3
3li
~
ur
iddi
3li
"
Ali
est
déja
parti
"
Ali n’est pas parti
_ 0>"
"
iDa
eu
~
ur
iDi
la yDa
'li
~
ur
iDi
e.li
"
Ali
est
déja
parti
"
"
"
"
iDa
eu
~
ur
iDi
la yDa
'idda aa li
~
ur
iddi
3li
est
déja
parti
"
"
"
"
en combinaison avec la modalité aspectuelle la ( + inacc. ) , notre parler emploie la variante da (6)
(1.8) ( ••• ) aksum ur da ytruzum m3ada al tnac "
( ••• ) la vente de la viande n'est ouverte qu'à partir de midi • "
b) ad - th.I
Ici l' opposi tion aspectuelle ad - th.I / ad. - th.II est neutralisée , par contre avec d-ad , l'opposition d-ad - th.I / d-ad - th.II est maintenue :
ad th.I
/ ur - th.II
ad - th.II
ad yini " il dira "
ad i tini " il dira habituellement"
/ " il ne dira pas ‘’
d-ad yini "il dira" - / .ur d-ad yini "il ne dira pas "
d ad i tini " il dira habituellement " / ur d-ad i tini "il ne dira pas habituellement
4 - Quelques variations morphologiques sont à signaler :
- nous avons la variante wr quand ur est précédé d'une voyelle :
(B.176) yak, ma wr iri ad iddu ?
" n'est-ce pas, est-ce qu'il ne voulait pas partir? ‘’
(B.177) iħda 3li ma wr da itsksiw ħdd
..
‘’ Ali surveille si aucun ne regarde • ‘’
(B.17S) la tra3an ma wr tamzn takurt •
.
" ils essayent d'attraper le ballon
- au contact de la modalité ad , ur présente deux formes ; ad-ur(7), ou (a)wr (8) :
ad ur tini ay a •
(a)wr tini ay a •
" ne dis pas ceci ‘’
-mr " si ‘’ est un monéme à valeur négative, marquant l'hypothése ; il
s'emploie, presque toujours, avec l'acc. négatif qui le place dans un passé
ay a d ac bbix awal •
si tu dirais ceci , je me facherai’’
tandis que mridd " si " est un synthéme composé de mr " si " et idd " ce n'est pas " ; mridd se présente sous deux formes selon que la négation porte sur le prédicat verbal ( mridd is ) ou le prédicat non-verbal ( mridd ) :
(9.1) mridd is yix ay –nna tnna•••
" si j'avais fait ce qu'elle avait dit "
(9.13) mridd is ufix mani ġr aġ a drrxh•••
" si j'avais su où me rendre ••• "
(329 ( •••) mridd i wajjarr kw an tnġa yi ( ••• ) (10)
" ( ••• ) sans les voisins elle m'aurait tuée ( ••• ) "
quand mridd est suivi d'un verbe, il y a lieu de l'analyser comme la variante mr + d. :
(378) ( ••• ) mr idd att 3awtt , ad ac ix tnna mi ġa t3qqlt ! ( ••• ) (10)
" ( ••• ) si tu recommences, je te ferai quelque chose dont tu te souvienderas !(…)
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
- La synthématigue de l’adverbe ur
a) L'adverbe ur peut être accompagné de certains monémes dont " la valeur, dans ces conditions est un simple renforcement de la négation " (11)
Ces monémes peuvent avoir soit un signifiant continu , c' est à dire juxtaposés à ur , soit un signifiant discontinu , séparés de ur par un syntagme prédicatif.
b) Si la négation porte sur le prédicat ou la relation prédicative , le signifiant de la négation est discontinu, c'est à dire le prédicat verbal se trouve encadré par ur , ca " quelque chose " , walu " rien" , ħdd " personne "
Cet élément peut avoir les fonctions suivantes :
- Complément explicatif :
(B. 179) ur illi ħdd.
"il n'y a personne • "
(B.180) ur illi walu.
"il n'y a rien. "
(B.181) ur illi ca •
" il n'y a rien. "
-objet :
(B.182) ur yufi walu •
" il n'a rien trouvé "
(B.183) ur nnix ca.
"je n'ai rien dit. "
A ce niveau, est-ce qu'il faut interpréter ca ( pronom indéfini emprunté à l'arabe) comme étant un pronom objet à part entière ( ur + ca ) ,ou sa grammaticalisation comme auxiliaire de négation ( ur ••• ca)? (12) "
Nous avons des cas où ca "n'est pas fondamentalement un élément de négation (13) , son apparition à côté de ur n'est pas obligatoire, raison pour laquelle T.G.Penchoen l'a considéré comme une expansion autonome du prédicat (14) :
(B.184) ur ihwid (ca) ġr fas.
"il n'est pas descendu à Fés
ur n'admettant pas ca comme deuxième élément de la négation, quand on a les nominaux suivants : ħdd " personne " , m3ada " sauf" agwd " aussi " walu "rien" •
" il n'y a que Ali qui est parti • "
(5.6) nkk , ur iy iqqimn m3ada ay a •
" moi, il ne me restait que ceci. "
(B. 186) ur annayx agwd yun •
" je n'ai vu personne
Ou quand le SV1 est l'un des verbes opérateurs :
(B.187) ur iri ad iddu •
" il ne veut pas partir • "
F.Bentolila (16) considére ur ••• sa comme" une variante libre de ur• " ; ca ne peut être " un pronom objet soit parce que le verbe n'admet pas d'objet ( ••• ) , soit parce que le prédicat a déjà un objet ( •••) "
(B.189) ur iddi ca •
" il n'est pas parti. "
(B.190) ur t yannay ca •
" il ne l'a pas vu • "
mais il y a des contextes où ca est d’un emploi facultatif, impliquant un choix de la part du locuteur, ou il se trouve dédoublé d'un autre ca
(10.22) u-llah mr idd i yiwl , da ur tqqim •
si ce n'était le mariage ( qui me retient ) , je jure que je serais parti •
(10.26) isul lwaħd mc ur yuwil ••• .
" ( bien sûr ) si on est pas marié
(B.191)ur izzniz (ca) i3ban ••• " •••
" il n'a pas vendu de vêtements " ...
(B. 192) ur ġur s annayx ca ca n tmttut
" je n'ai pas vu chez lui quelque femme "
- Indicateur de théme :
ur tslix •••
" je n'ai rien entendu " ...
« personne n’est venu » (17)
c) ur sert à former des synthémes comme ur - ya "ne pas vouloir" , usar " ne ••• " plus " , ur jjin " .. ne ••• Jamais " qui déterminent le verbe .
1-1 usar: est compatible avec l'acc. , l'inacc. , ad - Aoriste; son sens est celui de futur :
(10.20) usar ad inix iz d la 3icx •
" je ne dirai plus que je vis • "
(10.43) ( ••• ) usar ad yini iz d luqt la trħam ( ••• )
" ( ••• ) il ne dira plus que les temps sont cléments C ... )
1-2 ur jjin est compatible avec l'acc. négatif :
(10.39) ur jjin ssinx mata - nta ddunit •
" je n'ai jamais su ce que c'est la vie. " '"
(13.5) ur jjin ttqdi3t!? ( la prière) •
" tu ne l'as jamais arrêtée ? ".
(350) z i - Li ur jjin ur tħriq ••• (18)
"Depuis ce temps-là, elle n'a jamais quitté son foyer •••
dans une interro-négative , jjin peut s'employer seul sans la particule ur :
(B.195) jjin idda ad yannay lahl nns ?
" il n'est jamais allé voir sa famille? "
1-3. 3mru (19) " ne ... jamais" est compatible avec ad - Aoriste ,inacc , acc.
(10.16) 3mru ur itisin ddunit mani ġr taġul •
" il ne saura jamais le sens de la vie • "
(27) ulad lħja 3mru ur syyifn ( ••• ) (20)
" les Ulad Lhaj n'ont jamais fait de bonnes récoltes C ••• )
Ici, avec l'inacc. , la négation a une valeur précise et catégorique; tandis
que avec usar la référence est faite à un fait passé qui ne se reproduira plus.
En ce qui concerne l'opposition usar / ur jjin, nous retrouvons l'opposition
non-réel (usar) /réel( ur jjin) ; usar est réservé à des procés futurs , con-
ditionnels ; alors que ur jjin est réservé à des procés passés, réels.
Avec l’adverbe 3awd "encore" , la quanti té prend une interprétation durative ou itérative :
• ur injiħ (itératif)
" il n'a pas encore réussi. "
(B.197) 3awd ur yuwil (duratif)
" il ne s'est pas encore marié • "
nous remarquons , à travers ces exemples , que la négation avec " ne… pas encore" exprime l'itération (B.196) ; dans (B.197) , la durée peut être paraphrasée par " ne ••• pas de nouveau " •
Avec qqaħ le tour exprime la négation absolue " absolument pas" :
(B.198) qqaħ ur icci • •
" il n'a pas mangé du tout. "
au sujet de qqah "tout" et bzzaf " beaucoup" , une remarque s'impose: d'un point de vue de l'interprétation sémantique, il y a des énoncés qui sont ambigus :
(B.199) qqaħ ti3yyalin ur ccint •
" toutes les femmes n'ont pas mangé. "
ou
" les femmes n'ont pas mangé du tout. "
(B.200) bzzaf mddn a wr d iddin • cet énoncé admet deux lectures différentes ; il est paraphrasable comme suit :
(a) quelques uns de ces gens ne sont pas venus •
ou
(b) aucun de ces gens n'est venu.
Nous observons que ces énoncés , contenant un adverbe quantificateur et une négation , donnent lieu à une ambiguîté selon que la négation affecte le prédicat seul ou toute la relation prédicative •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
Les variantes de ca : ur ….(ca)
La négation se présente sous deux formes (21) :
1) Si la négation porte sur le prédicat ou la relation prédicative, le signifiant est discontinu ; le deuxième élément de la négation peut avoir , dans ces cas , la forme ca , c , cay :
(B.201) ur t ssinx c•
" je ne le connais pas • "
(280)
"
Skndh di
s
iġsan
n baba
ħnini
a nttan ur
umizx ca
n
grc
,
---
•
.
n ħdd •
(22)
•
"
je
brûlerais
en
cela les os
de
mon cher
père
si
je
pre»
,
nais une obole de quelqu'un. "
(B.202) ur t ssinx ca •
" je ne le connais pas • "
( 11 • 34 ) ( ••• ) nK , ur t 3qqilx cay ( ••• )
, je ne l'avais pas reconnu ( ••• ) "
dans (11.34) , l'élément c ay donne plus d'emphase à la négation.
2) Le signifiant continu ( ur idd , maci (23) ) se rencontre dans les cas suivants :
(a) négation d'une identification
(B.203) maci d aryaz •
" ce n'est pas un homme. "
(B.204) ur idd d aryaz •
" ce n'est pas un homme. "
(b) négation d'un terme anticipé ( sujet, objet, prédicat ••• )
(B.205) maci nkk ay t iccan •
" ce nest pas moi qui l'ai mangé. "
(B.206) maCi ur SSinX •••
" ce n'est pas parce que je ne comprenne pas ••• "
A) Dans ce qui a précédé , nous avons tenté de parler de " la négation formelle » (24) , c'est à dire une négation ayant recours à un marqueur grammatical; dans ce qui va suivre, l'étude sera consacrée à des énoncés où le positif et le négatif ont une équivalence sémantique •
La neutralisation de l'opposition ur/Ø, se rencontre aprés le verbe gwd " craindre" ; il y a opposition d'un signifié à sa négation:
(12.41) ( ••• ) gwdx ad iyi 3ardn •
" ( ••• ) j'ai peur qu'on m'agresse
(B. 207) gddx ad yini awal nna •
" je crains qu'il (ne) dise le secret en question. (25)
(B.208) gddx ur itini awal nna •
" je crains qu'il (ne) dise le secret en question.
B) Si nous examinons, maintenant, quelques exemples où le tour n'est pas à interpréter comme une question (26) ( demande d'information) , mais comme une assertion à contenu positif:
(B.209) is ur idd 3li ay d iddan ?
" est-ce que ce n'est pas Ali qui est venu? "
Comme l'atteste cet exemple, il ne s'agit pas d'une interrogation ayant un sens négatif •
Il est à signaler, aussi, des cas où le contenu positif d'un verbe exprime l'idée d'une négation sur le plan sémantique :
(B.210) la ytini is idda •
" il croit qu'il est parti. "
(B.211) la ytġal is idda •
" il croit qu'il est parti. "
(B.212) iggum ad iddu •
" il refuse de partir • "
Il apparait , à la suite de ces exemples, que ces verbes présupposent la faùsseté de l'expansion.
C) Dans les phrases subordonnées, la négation suscite des ambiguîtés sémantiques : c'est à ce niveau que se situe la différence entre une négation de phrase et une négation d'un terme de la phrase • (27)
(B.213) issn ad isiwl •
" il sait parler. "
(B.214) ur issin ad isiwl •
" il ne sait pas parler. "
(B.215) ? issn ur itsawal • (28)
(B.216) ira 3li ad yawl i mMi s •
" Ali veut marier son fils "
(B.217) ur iri 3li ad yawl i mMi s
" Ali ne veut pas marier son fils • "
Dans ces cas, la négation porte sur le verbe de la principale ( SV1) ; quand le verbe est sul "rester, demeurer" , la négation est située devant le sv2 de la subordonnée :
(B.218) isul ur iddi •
" il n'est pas encore parti • "
Bououd Ahmed
Bououd1@yahoo.fr
Notes ( ‘adverbe ur )
(1) A.Martinet Grammaire fonctionnelle du français p. 190 •
(2) ici aussi , on ne peut trancher pour savoir si la négation est une modalité ou un adverbe? Le critère de la compatibilité de la négation avec le présentatif d "c'est « permet de la ranger parmi les adverbes. ( cf. F. Bentolila ,Les classes d'unités significatives, p. 47 • )
(3) Si F.Bentolila a considéré l'interrogation comme une modalité d'énonciation
et non pas comme un adverbe, c'est parce que l'interrogation est en rapport d'exclusion mutuelle avec l'assertion et l'injonction. ( cf. Les classes d'unités significatives ,p. 47 ) et que les interrogatifs ont un comportement syntaxique qui les prédisposent à être mis en relief •
(4) Nous nous sommes inspirés du classement de F.Bentolila , Gram.fonct. p.175 , Les classes d'unités significatives, p.47 •
L'adverbe de négation ur •
(1) J.Moeschler , Dire et contredire, p. 5 •
(2) Nous n'allons pas nous arrêter , plus longuement, à ce genre de négation. Ex : iGum ad iddu. , "il refuse de partir ."
(3) uridd peut être conçu comme un synthème formé de la particule ur et du présentatif d servaat à actualiser les prédicats non-verbaux ; à côté de uridd , le parler utilise maci (emprunté à l'arabe ) qui a les mêmes latti tudes combinatoires que son homologue berbère •
(4)
A.Basset , Textes berbères
, p.179
(5)
of.
ici
.12.3
, p.110
;
et 11.4
, p. 113
(6)
cf.
ici
p.110
(7) ur préc~ée toujours le verbe qu'il détermine sauf si ce même prédicat est déterminé par ad , dans ce cas ur se place aprés ad•
(8) a wr exprime la défense •
(9) L.Galand , seminaire E.PH.E , le 3 -04 - 1981 ; A.Leguil , I.N.L.C.O le 4-12-1986 •
(10) A.Basset , ibid , P 185-186
(11) G.T.Penchoen , Etude syntaxique d'un parler berbère, P. 68 • L.Galand , Seminaire E.PH.E , 13- 02 -1981 •
(12) F.Bentolila , Gram. fonct • P. 178; et Sémantique •• et Etudes des unité. significatives, p. 4 •
(13) G.T.Penchoen, Etude syntaxique d'un parler berbère, p.12 •
(14) G.T.penchoen , ibid, p.16 •
(15) On pourrait dire, à partir de ces ex. , que la négation affecte le prédicat d'une part, et de l'autre le nominal.
(16) F.Bentolila , Sémantique et études des unités significatives, p. 4 •
(17) avec aGwd ,l'ordre est indifférent ; on peut avoir aussi ur d iddi agwd yun
(18) A.Basset , Textes berbères , p.173. Le premier terme de la négation estfacultatif chez les Art Nacer ; on pourrait avoir : (350) ( ••• ) ur jjin thri~c•••
(19) emprunté à l'arabe, est foraé de 3mr •• Age, vie" + pronom personnel On a 3mri •• de ma vie ", 3mrk •• de ta vie ••••••
(20) A.Basset , ibid, p. 14 • Chez les locuteurs d'Art Nacer , l'accord est de régle ; nous préférons ( 27) ulad lhaz 3.mrhum ur syyifn •
(21) cf. p. 158
(22) A.Basset , ibid , P.139; ka et ca , dans le parler des Art Sadden sont des variantes • cf. p 1.note (1).
(23) uridd et maci fonctionnent comme des variantes libres ; les locuteurs d'Art Nacer préférent l'utilisation de maci au profit de celle de uridd •
(24) cf.ici p155. et F.Brunet cité par F.Bentolila ( Gram. fonct • p. 184 )qui oppose « négations apparentes « et « négations réelles «
(25) Notons ici la présence, dans la traduction, du ne « discordanciel «
de la grammaire traditionneelle •
(26) Ceci correspond à ce que la grammaire appelle une
« question rhétorique «
(27) autrement dit la portée de la négation.
(28) Le symbole ( ? point d'interrogation) signifie la non-acceptabilité de
l'énoncé •
Ahmed Bououd , Université Hassan II , Casablanca
Bououd1@yahoo.fr
LES ADVERBES INTERROGATIFS
-1 ma "est-ce que" :
ma actualise des verbes et des prédicats introduits par l'identificateur d
" c'est" , ..
(B.219) ma d nK a mi tyit ay a ?
" est-ce que c'est à moi qu'as-tu fait ceci? "
(B.220) ma ~ is iDa ?
" est-ce qu'il est parti? "
(314) i ma d is ttlm i ma ta y is-s ibDn , ma ~ !tra !
"A-t-elle appelé quelqu'un pour l'assister, a-t-elle appelé ici, i ma ••• !tlm , i ma ••• !tra : dI
aprés A.Basset (1) , ne sont pas des propositions interrogatives mais exclamatives avec valeur d'indignation étonnée Sans le i , cette nuance ne se sentirait pas. Le i ma qui suit t~lm est le complément de tilm •
(B .22 1) ma uriD fa~ma ay ~ iDan ?
" est-ce que ce n'est pas Fatma qui est venue? "
~ coexiste avec les modalités aspectuelles suivantes
acc. , inacc. et d-ad
(th.I , th.II) , illustrées par le ve.rbe Du "partir" ;
ma th. III
: ma iDa ?
ma th. la -II : ma la y-tDu ?
ma d-ad (th.I, th.II )
ma ~-a~ iDu ? ma d-ad i tDu ?
167 ,.
L!interrogation est partïelle quand elle est introduite par divers monémes interrogatifs tels que ~ " où " elle est totale , quand elle est introduite par le monéme ~ "est-ce que ? " Les monémes interrogatifs ( mani ,~ sont obligatoires tandis que is est d'un emploi facultatif; dans ce cas, l'interrogation est rendue par le procédé de l'intonation ascendante:
(B.222) is iDa a~ yaNay may s ?
" est-ce qu'il est allé rendre visite à sa mère? "
(B.223) iDa a~ yaNay may s ?
" Est-il allé rendre visite à sa mère? "
is détermine un prédicat verbal , tandis que iz d détermine un prédicat non -
verbal (4) ; il coexiste avec le th.III , ~-~ -th.I , ~-~ -th.II , th.II :(5) (10.20) nK , usar ad iniÈ iz ~ la ~isÈ •
" moi , je ne dirai plus que je vis • "
(10.43) ( ••• ) usar ~ yini iz ~ luq1 la trham ( ••• )
" il ne dira plus que les temps sont cléments ( ••• ) "
Notons,au passage , la présence de da , variante de la + th.II dans un contexte
négatif :
(B.224) isqsa ! is itqra i Skwila ? (6)
" il lui a demandé s'il étudie à l'école? "
(B.225) isqsa! is da y-tqra i Skwila ?
" il lui a demandé s'il n'étudie pas à l'école ? "
Une autre particularité à signaler est la présence de ~ ( identificateur )
suivi par is
(B.226) aG it ad ie , ~ is iNa ur itnus da nui t ici " passe Je
‘’ laisse-le manger, c'est qu'il désire ne pas is permet l'antéposition , par rapport au prédicat verbal, des modali~ d'orientation spatiale et des pronoms régimes ( direct et indirect) ; 9
" est-ce qu'il lui a dit quelque chose? " Aprés le verbe af " valoir mieux" , is est analysé par L.Galand comme un 1 complément explicatif (7) ; alors qu'aprés les verbes opérateurs tels que J
" voir " , gal " croire " ••• , il a 1
" il sait qu'il est parti" ou" il a appris qu'il est 1
parti • "
1
L'interrogation peut, éventuellement, se combiner avec la négation pour que
1
n'est pas le cas pour ~ •
(B.229) is ~ iDa ~li ?
" est-ce que Ali est venu ? "
v (B.230) is as iNa sa ?
" savoir , apprendre " , aNay , ra9.a
la fonction de complément d'objet.
(B.231) yuf is Dih • (8)
" il vaut mieux que je parte • "
(B.232) iSn is iDa •
cette forme revienne
à l'affirmation ou la confirmation:
" est- ce qu'il n'est pas parti hier? "
(B.233) ur Sing is ~ iDa ?
‘’ je ne sais pas s'il est venu? ‘’
(B.234) is ur iDi i~Li ?
.
à cet égard , nous ci tons p. Fontanier pour qui la Il question - rhetorique " e une interrogation dont la caracterstique est à " prendre le tour interrogat non pas pour marquer un doute et provoquer une réponse , mais pour indiquer , au contraire la. plus grande persuasion et défier ceux à qui l'on parle de pou voir nier ou m~me répondre ( ••• ) • Mais une singularité frappante, c'est qu' avec la négation, elle affirme et que sans la négation elle nie • Il (9)
is peut
coexister
avec
Gin en
se
plaçant
aprés
lui
.
.
(B.235 )
v
Gin is
if Kr i
may
s
?
"
a-t-il
jamais
pensé
à
sa
mère
?
"
Bououd Ahmed
Ahmed
Bououd1@yahoo.fr
L’interrogatif mad :
Mad permet d'exprimer l'interrogation double ou être coordonnant alternatif; dans les énoncés interrogatifs, le segment mad apparaît devant un deuxième terme "sans qu'on puisse toujours décider si on a affaire à ma + d (présentatif ) ou s'il faut poser une nouvelle unité mad ( synthème) avec valeur de coordonnant alternatif. « (10) A ce propos, les exemples que nous reproduisons , ici , sont éclairants .,
(120) ( ••• ) bac ad yannay ma d is srrħn mad . la • (11)
" ( ••• ) pour voir si elle est bonne ou non
(136) ( ••• ) bac ad yannay mad . is isħa mad la; (12)
. « pour voir si la victime est grasse ou non . »
(B.236) is ica ma ( d ) isul ?
« est-ce qu'il a mangé ou pas encore? "
(B.237) yumz lkar mad lmacina ?
« a-t-il pris le car ou le train ? "
(238) is tfhm mad la ? (13)
" est-ce que tu as compris ou non ? "
mad est une variante libre de ma , uniquement , dans des énoncés interrogatifs ;
(B.236) is ica ma ysul ?
" est-ce qu'il a mangé ou pas encore? "
L'opposition réel~ non-réel réapparaît avec l'emploi des deux monémes coordonnants ( mad et xndd
" ou bien" ) ; mad est résevé au réel :
(B.237) isafr mad isul ?
" il a voyagé ou pas encore ? "
tandis que xndd relate des faits virtuels :
(B.238) asy it xndd ajj i t !
" prends - le ou laisse -le !"
Cette opposition ne semble pas être une régle , parce qu'on a des exemples qui sont aussi bien au réel qu'au non-réel :
(B.239) at tfsst xndd ak wwtx
" tais-toi ou je te frappe »
(B.240) at-tfsst mad ad inix •(14)
" tais-toi ou je dirai •
(B.241) yusy it xndd yujja t , nkk , maci cġli • (15)
" qu'il le prenne ou qu'il le laisse, moi, ce n'est
pas mon affaire •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
l’interrogatif wac
wac comme monéme interrogatif , est une variante de is ; le plus souvent , il coexiste avec lui :
(B.242) wac idda d ?
" est-ce qu'il est venu?
(B.243) is d idda ? "
est- ce qu'il est venu?
(B.244) wac is d idda ?
" est-ce qu'il est venu?
.,
La difference du comprtement de ces deux monémes ressort du fait que was n'admet pas l'antéposition des modalités d'orientation spatiale et les pronoms régimes direct et indirect •
ca : un autre procédé de l'interrogation est rendu par l'emploi de ca (16) • ca se place aprés un prédicat verbal qui n'admet pas d'expansion; le prédicat verbal est toujours à la deuxième , troisième personne ( singe plur. ) :
(B.245) tccit ca ?
" as-tu mangé ? "
Dans ce cas, la marque formelle de l'interrogation est l'intonation; si on place en tête de l'énoncé is
.l'élément ca acquiert la valeur de " chose" :
(B.246) is icca ca ? (17)
" est-ce qu'il a mangé quelque chose? "
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
l'adverbe interrogatif mani " où ":
mani (18) permet l'effacement du préverbe la devant l'inacc.
(B.247) mani gtili ?
" où se trouve –t- il habituellement? "
Il fonctionne tantôt comme interrogatif direct , tantôt comme interrogatifindirect ( il régit un prédicatoîde ). mani est compatible avec les fonctionnels ġr "vers" , zi "de « qui peuvent être en emploi absolu ( ou " préposition postposée" )
(9.13) ad ac ggallx mridd is ufix mani ġr a ġa drrx ixf inu., ur krihx
" je te le jure si j'avais su où donner de la tête, je n'aurai pas refusé • "
(10.19) … ur itisin mani zi d isud uzwu • - ...•
" ( ••• ) il ne sait pas de quel côté souffle le vent »
(B.247) ġr mani gdda ?
" où allait - il ? "
(B.248) zi mani d idda ?
" d'où venait - il ? "
ou
(B.249)
mani
ġr
iDa
?
"
où
allait
- il
?
"
(B.250)
mani
zi
d idda
?
"
d'où venait
il
?
"
mani est compatible avec les modalités aspectuelles suivantes :acc. (th.III) , inacc. (th.II) , ur -acc. négatif , ġa - I et ġa - II (cf. ex. 9.13 et 10.19°.
mani requiert la valeur de " quel" avec un nominal à l'état libre ( E.L)
(B.251) ara y- id alkas
" donne - moi le verre ! "
- mani alkas ?
" quel verre ? "
Avec les fonctionnels i , ġr et zi qui sont antéposés , mani peut être considéré comme un relatif :
(B.252) illa (i) mani gufa rraħt
" il est là où il est en paix
(B.253) 3aydn zi mani tn ttux•
" ils sont revenus d'où ils étaient "
le syntagme constitué par mani (i mani , ġr mani , zi mani , al mani ••• ) peut être déterminé par le monéme ay :
(B.254) iqim (i) mani ay t nujja
" il est resté où nous l'avions laissé "
le synthème mani s peut être suivi d'une apostrophe avec le sens de " quant" :
(333) mani c , a tamxibt Yamna ħddu la tssn ma ġa ijrun ••• (19)
" quant à la méchante Yamna Hddu , elle savait ce qui allait arriver "
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
l'adverbe interrogatif maxmi " pourquoi"
maxmi est compatible avec les modalités aspectuelles qui accompagnent mani :
(B.255) maxmi ur insi da ?
" pourquoi n'a t-il pas passé la nuit ici? "
(B.256) maxmi as isiwl ġif i ?
" pourquoi lui a t-il parlé de moi ? "
(11.29) ur ssinx maxmi ġi - s tra3an
" je ne savais pas pourquoi ils le cherchaient • "
Notre parler opére un choix entre maxmi et mmax "pourquoi" qui , ensemble , peuvent coexister en anticipant les satellites ; quand le parler recourtà mmax ,et pour que l'interrogation s'articule sur le verbe, il le fait suivre obligatoirement , par ally :
(11.28) mmax, nitni , maxmi ġi - s tra3an?
"pourquoi ,eux, ils le cherchaient ? "
(B.257) mmax ally ur iqqim ?
" pourquoi n'est -il pas resté? "
Parmi les interrogatifs qui sont compatibles avec ay , nous citons: milmi "quand" mcħal " combien" , régis par les prépositions zi " de " ġr " vers" , al " jusque" , i " dans , à " ; et maxmi "pourquoi"; alors que mism "comment" n'admet comme préposition que i
.
(14.5) maxmi a ġa atra3at ansa ?
"pourquoi chercheras -tu une place ? "
Dans d'autres emplois, nous trouvons frequemment mmax , quand l'interrogation est rendue par is ou may :
(326) ( ••• ) mmax m(a) - as ttuwit ? mmax m(a) - as yit zggwis ttuwtt ? (20)
" que lui as- tu apporté ? que lui as -tu fais depuis que tu es arrivée ? "
(B.25S) mmax ? is ur as 3limn ?
" pourquoi? est -ce qu'ils ne l'ont pas avisé? "
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
Les adverbes de comparaison
Notre parler dispose de amci " comme ceci , de cette façcon " amcis(·1)" comme cela , de cette façon-là" ammidin "comme si , comme cela " , amminna " comme si " et am " comme " •
Ils sont actualisés par d!" c'est" et déterminés par le monéme ay :
(B.259) d amci a ġa tarut
" c'est ainsi que tu écriras "
(5.2) amci a ġa. ( a) ac bdux
" c'est ainsi que je commencerai "
(7.11) amci ay ntġima mi3ad al iqrrb Lfjr
" c'est ainsi qu'on reste jusqu'à l'aube
am « comme » prend la forme simple devant les pronoms personnels et les nominaux marqués par l'E.A :
(10.20) am nkk , wahli ay mmutn
" comme moi , il y a longtemps qu'ils sont morts »
(10.31) am tmttut am uryaz •
" l'homme et la femme sont égaux. "
amalgamé à un pronom personnel, l'adverbe amci sert à ponctuer le récit (2) :
(B.260) ntta amcis la ytakkr , a3ssas ibdd gi s •
" alors qu'il était en train de voler ainsi, sur ce , le gardien le surpris . »
Ici, aussi, s'applique les trois critéres emis par F.Bentolila (3) afinde distinguer les subordonnants des pseudo-subordonnants; c'est-à-dire que le synthème comprenant le fonctionnel am "comme" et la modalité démonstra tive ( din, nna ) peut fonctionner comme fonctionnel subordonnant :
(B.261) la yħasb it amminna ag-għasb yma s
" il le considérait comme son frère. "
(B.262) a ġif nx ibdu amminna ġa ybdu x wi nns •
" il nous départagera comme il départagera les siens • "
amminna , selon le contexte, acquiert une fonction présentative ; l'expansion prédicatoidale peut être verbale ou non-verbale :
(300) ( ••• ) idd ddra ttmzin amm i zaydn cwi " ( ••• )’(4)
(….)quant au mais et à l'orge, on d.irait qu'ils ont augmenté un peu . »
(319) amm id inn ġur s izayd sidna 3ali ! (5)
" On dirait qu'a été mis au monde chez elle Sidna Ali "
(B.263) amminna ur ijri walu •
" c'est comme si de rien n'était. "
Ce même énoncé accepte , de préférence , le verbe iyy " faire"
(B.264) iyy amminna ur ijri walu •
" fait - comme si de rien n'était. "
D'autres emplois à valeur démonstrative sont possibles avec amci(s) :
(2.9) amcis l-l3ca , la ytili kulci ...
" aux alentours de la prière du soir , tout le monde est présent ••• "
( 6. 11) la nzzruy ayyur kamL amci ...
" nous passons le mois entier comme ça " ... .,
(B.26S) amcis n ttlata a nmlaqqa •
" nous nous rencontrerons aux alentours de trois heures • »
Pour rendre la comparaison, le berbère" ne posséde pas d'expression morphologique du degré. La comparaison d'égalité s'exprime, dialectalement , par am qui peut être répété devant les deux termes de la comparaison ( ••• ) " (6 ).
(a) le comparatif de superiorité s'exprime par le verbe af "valoir mieux »ou le fonctionnel x " sur «
(b) le comparatif d'égalité est rendu par am ‘’ comme" ; ce monéme peut avoir d'autres fonctions que celle -là: il est coordinatif dans :
(B.266) urjjin annayx ca n yun am 3li d mghand
je n'ai jamais vu quelqu'un tel qu'Ali et Muhand ‘’
(c) le superlatif absolu est rendu par bzzaf" beaucoup" •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
LES ADVERBES ET LEURS COMPATIBILITES PREPOSITIONNELLES (1)
-LES ADVERBES COMPATIBLES AVEC LES PREPOSITIONS
-1 Temps:
dġi " maintenant" , llinna" autrefois, tout à l'heure" , wahli " autre fois " , zik , bkri " autrefois , tôt" , (m)cħal ay a " il Y ya longtemps . » dima " toujours "
dlli " hier" , islid idli " avant hier" , askka "d emain “asnin wwaskka " aprés demain" ...
La liste n'est pas exhaustive, d'autres adverbes existent dont la référence est faite au mois, le jour, l'année, l'heure •••
-2 - Lieu:
- da " ici" (2) , dinn " là-bas" , dis " là "
- sya (d) "par ici , d'ici " (3) , syinn " par là-bas , de là" ,syis « par l'endroit en question. "
-urinn "au delà " " plus loin" , siwra " en deça . »
- i wksar "en bas " i wsawn " en haut " , brra "dehors , à l'exterieur « tama(n) "à côté", daxl " dedans , à l'interieur " , dffir "derrière" tat "devant "
mnid , tanila "en face " •
-LES ADVERBES NON-COMPATIBLES AVEC LES PREPOSITIONS
-1- Temps:
3ad " alors " , dix , al tu , 3awd "encore" , b3da " d'abord " ••
-2- Quantité:
qbala , bzzaf " beaucoup " , cwi " un peu " , ktr " plus " , qqaħ " tout à fait" , qll " moins" , drus " trop peu" , ukan " seulement" •
-3- Adverbes à valeur modale (1):
imkn " peut- être " , bssif " de force" (2) , ddra3 " de force" , tmara " contre son gré « , nnit " justement" , batl " gratuitement « , nican " direc- tement «•
-4- Les charnières logiques (3) .,
manic " or ‘’ , ħqqn " en effet" , ħqqa ‘’ au fait" , zix , hiyya " donc" , lfayda " bref " ,lħasul "finalement" •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
Les adverbes Xas et hli ‘’ seulement "
-1- xas peut déterminer un verbe , un nominal , un nominal régi par un fonctionnel et un pronom personnel :
(17.2) (.... ) xas a tawim muhand (•.• ) "
(••• ) seulement vous emmenerez Muhand (… ) "
(B.267) xa cc !
"mange seulement! ‘’
(14.8) xas tadggwat a la mlaqqax di s
( … ) justement je l'ai rencontré cet aprés-midi • "
(B.268) frrqn t xas i yryzn •
‘’ ils l'on distribué seulement aux hommes. ‘’
(210) (••• ) la ixddm aynn a i3ddan xas s yi d ( .•• ) ( 1)
.
C ••• ) il travaille en général seulement le soir C ••• ) "
(206) ( ... ) ur ntgg xas cgg •(.. ) (2)
" (••• ) nous ne voulons que toi ( ••• ) ‘’
Nous pouvons mentionner , aussi , des énoncés où xas détermine un nominal suivi du monéme ay :
(B.269) xas ntta ay d iddan. (3)
" il n'y a que lui qui est venu • ‘’
(324) wallaynni mc ġur s qqimx xas cmm ag-gurw muhand amqran • (4)
Litt. : " mais si je reste chez lui, (c'est) seulement toi (qu')a engendrée M.A "
" Mais si je reste chez ( mon mari ) , tu es vraiment la fille de Muhand Amqqran • "
Avec l'adverbe de négation ur , xas sert à exprimer la négation restrictive ( ne ••• que) :
(B.270) ur as iqqim xas yun •
" Il ne lui reste qu'un seul • "
(203) ( ••• ) Iħlam ,ur t iyyin xas lqurtas. (5)
" la justice n'était pas autre chose que la cartouche. "
Avec xas , le deuxième segment d'une proposition peut être le résultat d'une partie extraite d'un tout:
(B.271) qaħ 3zzant , xas 3li
" tout le monde lui a présenté les condoléances, sauf Ali . »
un autre exemple avec ur ••• x as traduit l'exception :
(B.272) ur ssin xas i tiyta (6)
" il ne sait que frapper. "
-2- hLli , comme xas , détermine un verbe , un nominal ; contrairement à xas , ici l'ordre est indifférent :
(B.273) hlli ur t3awd iħzmin • • •
" seulement ne racontes pas n'importe quoi. "
(B.274) ur t3awd hlli iħzmin •
" ne racontes pas, seulement, n'importe quoi. "
La libre déplaçabilité de hlli et son "contenu sémantique moins précis que
celui de xas ( ••• ) font qu'on ne peut pas toujours définir avec certitude son point d'incidence. " (7)
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
1 - Les grammaires traditionnelles font des adverbes un classement fondé sur le sens ; elles distinguent les adverbes de lieu , de temps , de manière , d'intensité, de quantité •••
Ainsi l'hétérogénéité qui régne au sein des adverbes concerne, essentiellemet les adverbes de temps qui se répartissent en sous-classes selon qu'ils précisent le moment de l'action ( dġi " maintenant" ) , la durée de l'action ( dima " toujours" ) , l'ordre de succession de l'action ( qbl " avant") •• '
2- En face de la définition traditionnelle, les fonctionnalistes définissent les adverbes comme des" monémes ou des synthémes autonomes" (1) marquant, par eux - mêmes , leur fonction •
Notre étude portera sur l'adverbe de négation ur (2) , les adverbes interrogatifs (3) , les adverbes de comparaison, les adverbes compatibles avec les prépositions, les adverbes non-compatibles avec les prépositions, les adverbes has et hlli " seulement " (4) , les adverbes à valeur modale , les adverbes de quantité.
-1- L'ADVERBE DE NEGATION : ur
1 - La négation, comme l'interrogation, est un domaine où convergent les recherches en syntaxe , pragmatique ( " énonciatique " ) , sémantique et logique • Du point de vue linguistique , sur le terme " négation" pése une ambiguIté " puisqu,'il peut renvoyer tant à la forme de l'énoncé qu'à son sens" (1) Il s'agit, donc, de distinguer entre une négation formelle, caracterisée par la présence d'un monéme de négation; et une négation sémantique, c'est à dire le sens négatif d'un énoncé sa négativité sémantique. (2) .
2- Dans le parler des AIt Sadden , la négation s'opére par le monéme ur , qui porte sur le prédicat verbal; tandis que uridd (3) détermine les prédicats non- verbaux • Quand uridd nie un prédicat verbal , il est suivi , obligatoirement , de is ;
(B.174) uiridd is ira ad iqqim ... " ce n'est pas parce qu'il voulait rester •••• "
les deux variantes (uridd - maci ) peuvent actualiser comme prédicats un syntagme autonomisé :
(B.175) uridd zi fas ay d idda
maci zi fas ay d idda •
" ce n'est pas de Fés qu'il est venu. "
(9.16) ( ••• ) la cix luqr i yxf inw , uridd i ddll ( ••• )
( ••• ) je me serai tenu à l'écart au lieu de cette humilia tian
(363) ( ••• ) lħbs d lbarud i iryzn a mi illa , ur idd i t3yyalin ( •••
" ( ••• ) la prison et le combat, c'est pour les hommes qu'ils sont faits et non pour les femmes ( ••• ) " (4)
ou un syntagme verbal :
. (12.10) ( ••• ) la ytswwar maci la ytaru
( ••• ) il n'écrit pas mai s il photographie
3 - ur peut coexister avec les modalités aspectuelles :
a) accompli :
Comme il a été signalé (5) , les thémes verbaux des formes de l'acc. et de l'acc. négatif sont soit identiques, soit differents à l'aide des alternances vocaliques; en combinaison avec l'acc. concomitant, il y a neutralisation:
iDa
eu
~
ur
iDi
Idda 3
3li
~
ur
iddi
3li
"
Ali
est
déja
parti
"
Ali n’est pas parti
_ 0>"
"
iDa
eu
~
ur
iDi
la yDa
'li
~
ur
iDi
e.li
"
Ali
est
déja
parti
"
"
"
"
iDa
eu
~
ur
iDi
la yDa
'idda aa li
~
ur
iddi
3li
est
déja
parti
"
"
"
"
en combinaison avec la modalité aspectuelle la ( + inacc. ) , notre parler emploie la variante da (6)
(1.8) ( ••• ) aksum ur da ytruzum m3ada al tnac "
( ••• ) la vente de la viande n'est ouverte qu'à partir de midi • "
b) ad - th.I
Ici l' opposi tion aspectuelle ad - th.I / ad. - th.II est neutralisée , par contre avec d-ad , l'opposition d-ad - th.I / d-ad - th.II est maintenue :
ad th.I
/ ur - th.II
ad - th.II
ad yini " il dira "
ad i tini " il dira habituellement"
/ " il ne dira pas ‘’
d-ad yini "il dira" - / .ur d-ad yini "il ne dira pas "
d ad i tini " il dira habituellement " / ur d-ad i tini "il ne dira pas habituellement
4 - Quelques variations morphologiques sont à signaler :
- nous avons la variante wr quand ur est précédé d'une voyelle :
(B.176) yak, ma wr iri ad iddu ?
" n'est-ce pas, est-ce qu'il ne voulait pas partir? ‘’
(B.177) iħda 3li ma wr da itsksiw ħdd
..
‘’ Ali surveille si aucun ne regarde • ‘’
(B.17S) la tra3an ma wr tamzn takurt •
.
" ils essayent d'attraper le ballon
- au contact de la modalité ad , ur présente deux formes ; ad-ur(7), ou (a)wr (8) :
ad ur tini ay a •
(a)wr tini ay a •
" ne dis pas ceci ‘’
-mr " si ‘’ est un monéme à valeur négative, marquant l'hypothése ; il
s'emploie, presque toujours, avec l'acc. négatif qui le place dans un passé
ay a d ac bbix awal •
si tu dirais ceci , je me facherai’’
tandis que mridd " si " est un synthéme composé de mr " si " et idd " ce n'est pas " ; mridd se présente sous deux formes selon que la négation porte sur le prédicat verbal ( mridd is ) ou le prédicat non-verbal ( mridd ) :
(9.1) mridd is yix ay –nna tnna•••
" si j'avais fait ce qu'elle avait dit "
(9.13) mridd is ufix mani ġr aġ a drrxh•••
" si j'avais su où me rendre ••• "
(329 ( •••) mridd i wajjarr kw an tnġa yi ( ••• ) (10)
" ( ••• ) sans les voisins elle m'aurait tuée ( ••• ) "
quand mridd est suivi d'un verbe, il y a lieu de l'analyser comme la variante mr + d. :
(378) ( ••• ) mr idd att 3awtt , ad ac ix tnna mi ġa t3qqlt ! ( ••• ) (10)
" ( ••• ) si tu recommences, je te ferai quelque chose dont tu te souvienderas !(…)
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
- La synthématigue de l’adverbe ur
a) L'adverbe ur peut être accompagné de certains monémes dont " la valeur, dans ces conditions est un simple renforcement de la négation " (11)
Ces monémes peuvent avoir soit un signifiant continu , c' est à dire juxtaposés à ur , soit un signifiant discontinu , séparés de ur par un syntagme prédicatif.
b) Si la négation porte sur le prédicat ou la relation prédicative , le signifiant de la négation est discontinu, c'est à dire le prédicat verbal se trouve encadré par ur , ca " quelque chose " , walu " rien" , ħdd " personne "
Cet élément peut avoir les fonctions suivantes :
- Complément explicatif :
(B. 179) ur illi ħdd.
"il n'y a personne • "
(B.180) ur illi walu.
"il n'y a rien. "
(B.181) ur illi ca •
" il n'y a rien. "
-objet :
(B.182) ur yufi walu •
" il n'a rien trouvé "
(B.183) ur nnix ca.
"je n'ai rien dit. "
A ce niveau, est-ce qu'il faut interpréter ca ( pronom indéfini emprunté à l'arabe) comme étant un pronom objet à part entière ( ur + ca ) ,ou sa grammaticalisation comme auxiliaire de négation ( ur ••• ca)? (12) "
Nous avons des cas où ca "n'est pas fondamentalement un élément de négation (13) , son apparition à côté de ur n'est pas obligatoire, raison pour laquelle T.G.Penchoen l'a considéré comme une expansion autonome du prédicat (14) :
(B.184) ur ihwid (ca) ġr fas.
"il n'est pas descendu à Fés
ur n'admettant pas ca comme deuxième élément de la négation, quand on a les nominaux suivants : ħdd " personne " , m3ada " sauf" agwd " aussi " walu "rien" •
" il n'y a que Ali qui est parti • "
(5.6) nkk , ur iy iqqimn m3ada ay a •
" moi, il ne me restait que ceci. "
(B. 186) ur annayx agwd yun •
" je n'ai vu personne
Ou quand le SV1 est l'un des verbes opérateurs :
(B.187) ur iri ad iddu •
" il ne veut pas partir • "
F.Bentolila (16) considére ur ••• sa comme" une variante libre de ur• " ; ca ne peut être " un pronom objet soit parce que le verbe n'admet pas d'objet ( ••• ) , soit parce que le prédicat a déjà un objet ( •••) "
(B.189) ur iddi ca •
" il n'est pas parti. "
(B.190) ur t yannay ca •
" il ne l'a pas vu • "
mais il y a des contextes où ca est d’un emploi facultatif, impliquant un choix de la part du locuteur, ou il se trouve dédoublé d'un autre ca
(10.22) u-llah mr idd i yiwl , da ur tqqim •
si ce n'était le mariage ( qui me retient ) , je jure que je serais parti •
(10.26) isul lwaħd mc ur yuwil ••• .
" ( bien sûr ) si on est pas marié
(B.191)ur izzniz (ca) i3ban ••• " •••
" il n'a pas vendu de vêtements " ...
(B. 192) ur ġur s annayx ca ca n tmttut
" je n'ai pas vu chez lui quelque femme "
- Indicateur de théme :
ur tslix •••
" je n'ai rien entendu " ...
« personne n’est venu » (17)
c) ur sert à former des synthémes comme ur - ya "ne pas vouloir" , usar " ne ••• " plus " , ur jjin " .. ne ••• Jamais " qui déterminent le verbe .
1-1 usar: est compatible avec l'acc. , l'inacc. , ad - Aoriste; son sens est celui de futur :
(10.20) usar ad inix iz d la 3icx •
" je ne dirai plus que je vis • "
(10.43) ( ••• ) usar ad yini iz d luqt la trħam ( ••• )
" ( ••• ) il ne dira plus que les temps sont cléments C ... )
1-2 ur jjin est compatible avec l'acc. négatif :
(10.39) ur jjin ssinx mata - nta ddunit •
" je n'ai jamais su ce que c'est la vie. " '"
(13.5) ur jjin ttqdi3t!? ( la prière) •
" tu ne l'as jamais arrêtée ? ".
(350) z i - Li ur jjin ur tħriq ••• (18)
"Depuis ce temps-là, elle n'a jamais quitté son foyer •••
dans une interro-négative , jjin peut s'employer seul sans la particule ur :
(B.195) jjin idda ad yannay lahl nns ?
" il n'est jamais allé voir sa famille? "
1-3. 3mru (19) " ne ... jamais" est compatible avec ad - Aoriste ,inacc , acc.
(10.16) 3mru ur itisin ddunit mani ġr taġul •
" il ne saura jamais le sens de la vie • "
(27) ulad lħja 3mru ur syyifn ( ••• ) (20)
" les Ulad Lhaj n'ont jamais fait de bonnes récoltes C ••• )
Ici, avec l'inacc. , la négation a une valeur précise et catégorique; tandis
que avec usar la référence est faite à un fait passé qui ne se reproduira plus.
En ce qui concerne l'opposition usar / ur jjin, nous retrouvons l'opposition
non-réel (usar) /réel( ur jjin) ; usar est réservé à des procés futurs , con-
ditionnels ; alors que ur jjin est réservé à des procés passés, réels.
Avec l’adverbe 3awd "encore" , la quanti té prend une interprétation durative ou itérative :
• ur injiħ (itératif)
" il n'a pas encore réussi. "
(B.197) 3awd ur yuwil (duratif)
" il ne s'est pas encore marié • "
nous remarquons , à travers ces exemples , que la négation avec " ne… pas encore" exprime l'itération (B.196) ; dans (B.197) , la durée peut être paraphrasée par " ne ••• pas de nouveau " •
Avec qqaħ le tour exprime la négation absolue " absolument pas" :
(B.198) qqaħ ur icci • •
" il n'a pas mangé du tout. "
au sujet de qqah "tout" et bzzaf " beaucoup" , une remarque s'impose: d'un point de vue de l'interprétation sémantique, il y a des énoncés qui sont ambigus :
(B.199) qqaħ ti3yyalin ur ccint •
" toutes les femmes n'ont pas mangé. "
ou
" les femmes n'ont pas mangé du tout. "
(B.200) bzzaf mddn a wr d iddin • cet énoncé admet deux lectures différentes ; il est paraphrasable comme suit :
(a) quelques uns de ces gens ne sont pas venus •
ou
(b) aucun de ces gens n'est venu.
Nous observons que ces énoncés , contenant un adverbe quantificateur et une négation , donnent lieu à une ambiguîté selon que la négation affecte le prédicat seul ou toute la relation prédicative •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
Les variantes de ca : ur ….(ca)
La négation se présente sous deux formes (21) :
1) Si la négation porte sur le prédicat ou la relation prédicative, le signifiant est discontinu ; le deuxième élément de la négation peut avoir , dans ces cas , la forme ca , c , cay :
(B.201) ur t ssinx c•
" je ne le connais pas • "
(280)
"
Skndh di
s
iġsan
n baba
ħnini
a nttan ur
umizx ca
n
grc
,
---
•
.
n ħdd •
(22)
•
"
je
brûlerais
en
cela les os
de
mon cher
père
si
je
pre»
,
nais une obole de quelqu'un. "
(B.202) ur t ssinx ca •
" je ne le connais pas • "
( 11 • 34 ) ( ••• ) nK , ur t 3qqilx cay ( ••• )
, je ne l'avais pas reconnu ( ••• ) "
dans (11.34) , l'élément c ay donne plus d'emphase à la négation.
2) Le signifiant continu ( ur idd , maci (23) ) se rencontre dans les cas suivants :
(a) négation d'une identification
(B.203) maci d aryaz •
" ce n'est pas un homme. "
(B.204) ur idd d aryaz •
" ce n'est pas un homme. "
(b) négation d'un terme anticipé ( sujet, objet, prédicat ••• )
(B.205) maci nkk ay t iccan •
" ce nest pas moi qui l'ai mangé. "
(B.206) maCi ur SSinX •••
" ce n'est pas parce que je ne comprenne pas ••• "
A) Dans ce qui a précédé , nous avons tenté de parler de " la négation formelle » (24) , c'est à dire une négation ayant recours à un marqueur grammatical; dans ce qui va suivre, l'étude sera consacrée à des énoncés où le positif et le négatif ont une équivalence sémantique •
La neutralisation de l'opposition ur/Ø, se rencontre aprés le verbe gwd " craindre" ; il y a opposition d'un signifié à sa négation:
(12.41) ( ••• ) gwdx ad iyi 3ardn •
" ( ••• ) j'ai peur qu'on m'agresse
(B. 207) gddx ad yini awal nna •
" je crains qu'il (ne) dise le secret en question. (25)
(B.208) gddx ur itini awal nna •
" je crains qu'il (ne) dise le secret en question.
B) Si nous examinons, maintenant, quelques exemples où le tour n'est pas à interpréter comme une question (26) ( demande d'information) , mais comme une assertion à contenu positif:
(B.209) is ur idd 3li ay d iddan ?
" est-ce que ce n'est pas Ali qui est venu? "
Comme l'atteste cet exemple, il ne s'agit pas d'une interrogation ayant un sens négatif •
Il est à signaler, aussi, des cas où le contenu positif d'un verbe exprime l'idée d'une négation sur le plan sémantique :
(B.210) la ytini is idda •
" il croit qu'il est parti. "
(B.211) la ytġal is idda •
" il croit qu'il est parti. "
(B.212) iggum ad iddu •
" il refuse de partir • "
Il apparait , à la suite de ces exemples, que ces verbes présupposent la faùsseté de l'expansion.
C) Dans les phrases subordonnées, la négation suscite des ambiguîtés sémantiques : c'est à ce niveau que se situe la différence entre une négation de phrase et une négation d'un terme de la phrase • (27)
(B.213) issn ad isiwl •
" il sait parler. "
(B.214) ur issin ad isiwl •
" il ne sait pas parler. "
(B.215) ? issn ur itsawal • (28)
(B.216) ira 3li ad yawl i mMi s •
" Ali veut marier son fils "
(B.217) ur iri 3li ad yawl i mMi s
" Ali ne veut pas marier son fils • "
Dans ces cas, la négation porte sur le verbe de la principale ( SV1) ; quand le verbe est sul "rester, demeurer" , la négation est située devant le sv2 de la subordonnée :
(B.218) isul ur iddi •
" il n'est pas encore parti • "
Bououd Ahmed
Bououd1@yahoo.fr
Notes ( ‘adverbe ur )
(1) A.Martinet Grammaire fonctionnelle du français p. 190 •
(2) ici aussi , on ne peut trancher pour savoir si la négation est une modalité ou un adverbe? Le critère de la compatibilité de la négation avec le présentatif d "c'est « permet de la ranger parmi les adverbes. ( cf. F. Bentolila ,Les classes d'unités significatives, p. 47 • )
(3) Si F.Bentolila a considéré l'interrogation comme une modalité d'énonciation
et non pas comme un adverbe, c'est parce que l'interrogation est en rapport d'exclusion mutuelle avec l'assertion et l'injonction. ( cf. Les classes d'unités significatives ,p. 47 ) et que les interrogatifs ont un comportement syntaxique qui les prédisposent à être mis en relief •
(4) Nous nous sommes inspirés du classement de F.Bentolila , Gram.fonct. p.175 , Les classes d'unités significatives, p.47 •
L'adverbe de négation ur •
(1) J.Moeschler , Dire et contredire, p. 5 •
(2) Nous n'allons pas nous arrêter , plus longuement, à ce genre de négation. Ex : iGum ad iddu. , "il refuse de partir ."
(3) uridd peut être conçu comme un synthème formé de la particule ur et du présentatif d servaat à actualiser les prédicats non-verbaux ; à côté de uridd , le parler utilise maci (emprunté à l'arabe ) qui a les mêmes latti tudes combinatoires que son homologue berbère •
(4)
A.Basset , Textes berbères
, p.179
(5)
of.
ici
.12.3
, p.110
;
et 11.4
, p. 113
(6)
cf.
ici
p.110
(7) ur préc~ée toujours le verbe qu'il détermine sauf si ce même prédicat est déterminé par ad , dans ce cas ur se place aprés ad•
(8) a wr exprime la défense •
(9) L.Galand , seminaire E.PH.E , le 3 -04 - 1981 ; A.Leguil , I.N.L.C.O le 4-12-1986 •
(10) A.Basset , ibid , P 185-186
(11) G.T.Penchoen , Etude syntaxique d'un parler berbère, P. 68 • L.Galand , Seminaire E.PH.E , 13- 02 -1981 •
(12) F.Bentolila , Gram. fonct • P. 178; et Sémantique •• et Etudes des unité. significatives, p. 4 •
(13) G.T.Penchoen, Etude syntaxique d'un parler berbère, p.12 •
(14) G.T.penchoen , ibid, p.16 •
(15) On pourrait dire, à partir de ces ex. , que la négation affecte le prédicat d'une part, et de l'autre le nominal.
(16) F.Bentolila , Sémantique et études des unités significatives, p. 4 •
(17) avec aGwd ,l'ordre est indifférent ; on peut avoir aussi ur d iddi agwd yun
(18) A.Basset , Textes berbères , p.173. Le premier terme de la négation estfacultatif chez les Art Nacer ; on pourrait avoir : (350) ( ••• ) ur jjin thri~c•••
(19) emprunté à l'arabe, est foraé de 3mr •• Age, vie" + pronom personnel On a 3mri •• de ma vie ", 3mrk •• de ta vie ••••••
(20) A.Basset , ibid, p. 14 • Chez les locuteurs d'Art Nacer , l'accord est de régle ; nous préférons ( 27) ulad lhaz 3.mrhum ur syyifn •
(21) cf. p. 158
(22) A.Basset , ibid , P.139; ka et ca , dans le parler des Art Sadden sont des variantes • cf. p 1.note (1).
(23) uridd et maci fonctionnent comme des variantes libres ; les locuteurs d'Art Nacer préférent l'utilisation de maci au profit de celle de uridd •
(24) cf.ici p155. et F.Brunet cité par F.Bentolila ( Gram. fonct • p. 184 )qui oppose « négations apparentes « et « négations réelles «
(25) Notons ici la présence, dans la traduction, du ne « discordanciel «
de la grammaire traditionneelle •
(26) Ceci correspond à ce que la grammaire appelle une
« question rhétorique «
(27) autrement dit la portée de la négation.
(28) Le symbole ( ? point d'interrogation) signifie la non-acceptabilité de
l'énoncé •
Ahmed Bououd , Université Hassan II , Casablanca
Bououd1@yahoo.fr
LES ADVERBES INTERROGATIFS
-1 ma "est-ce que" :
ma actualise des verbes et des prédicats introduits par l'identificateur d
" c'est" , ..
(B.219) ma d nK a mi tyit ay a ?
" est-ce que c'est à moi qu'as-tu fait ceci? "
(B.220) ma ~ is iDa ?
" est-ce qu'il est parti? "
(314) i ma d is ttlm i ma ta y is-s ibDn , ma ~ !tra !
"A-t-elle appelé quelqu'un pour l'assister, a-t-elle appelé ici, i ma ••• !tlm , i ma ••• !tra : dI
aprés A.Basset (1) , ne sont pas des propositions interrogatives mais exclamatives avec valeur d'indignation étonnée Sans le i , cette nuance ne se sentirait pas. Le i ma qui suit t~lm est le complément de tilm •
(B .22 1) ma uriD fa~ma ay ~ iDan ?
" est-ce que ce n'est pas Fatma qui est venue? "
~ coexiste avec les modalités aspectuelles suivantes
acc. , inacc. et d-ad
(th.I , th.II) , illustrées par le ve.rbe Du "partir" ;
ma th. III
: ma iDa ?
ma th. la -II : ma la y-tDu ?
ma d-ad (th.I, th.II )
ma ~-a~ iDu ? ma d-ad i tDu ?
167 ,.
L!interrogation est partïelle quand elle est introduite par divers monémes interrogatifs tels que ~ " où " elle est totale , quand elle est introduite par le monéme ~ "est-ce que ? " Les monémes interrogatifs ( mani ,~ sont obligatoires tandis que is est d'un emploi facultatif; dans ce cas, l'interrogation est rendue par le procédé de l'intonation ascendante:
(B.222) is iDa a~ yaNay may s ?
" est-ce qu'il est allé rendre visite à sa mère? "
(B.223) iDa a~ yaNay may s ?
" Est-il allé rendre visite à sa mère? "
is détermine un prédicat verbal , tandis que iz d détermine un prédicat non -
verbal (4) ; il coexiste avec le th.III , ~-~ -th.I , ~-~ -th.II , th.II :(5) (10.20) nK , usar ad iniÈ iz ~ la ~isÈ •
" moi , je ne dirai plus que je vis • "
(10.43) ( ••• ) usar ~ yini iz ~ luq1 la trham ( ••• )
" il ne dira plus que les temps sont cléments ( ••• ) "
Notons,au passage , la présence de da , variante de la + th.II dans un contexte
négatif :
(B.224) isqsa ! is itqra i Skwila ? (6)
" il lui a demandé s'il étudie à l'école? "
(B.225) isqsa! is da y-tqra i Skwila ?
" il lui a demandé s'il n'étudie pas à l'école ? "
Une autre particularité à signaler est la présence de ~ ( identificateur )
suivi par is
(B.226) aG it ad ie , ~ is iNa ur itnus da nui t ici " passe Je
‘’ laisse-le manger, c'est qu'il désire ne pas is permet l'antéposition , par rapport au prédicat verbal, des modali~ d'orientation spatiale et des pronoms régimes ( direct et indirect) ; 9
" est-ce qu'il lui a dit quelque chose? " Aprés le verbe af " valoir mieux" , is est analysé par L.Galand comme un 1 complément explicatif (7) ; alors qu'aprés les verbes opérateurs tels que J
" voir " , gal " croire " ••• , il a 1
" il sait qu'il est parti" ou" il a appris qu'il est 1
parti • "
1
L'interrogation peut, éventuellement, se combiner avec la négation pour que
1
n'est pas le cas pour ~ •
(B.229) is ~ iDa ~li ?
" est-ce que Ali est venu ? "
v (B.230) is as iNa sa ?
" savoir , apprendre " , aNay , ra9.a
la fonction de complément d'objet.
(B.231) yuf is Dih • (8)
" il vaut mieux que je parte • "
(B.232) iSn is iDa •
cette forme revienne
à l'affirmation ou la confirmation:
" est- ce qu'il n'est pas parti hier? "
(B.233) ur Sing is ~ iDa ?
‘’ je ne sais pas s'il est venu? ‘’
(B.234) is ur iDi i~Li ?
.
à cet égard , nous ci tons p. Fontanier pour qui la Il question - rhetorique " e une interrogation dont la caracterstique est à " prendre le tour interrogat non pas pour marquer un doute et provoquer une réponse , mais pour indiquer , au contraire la. plus grande persuasion et défier ceux à qui l'on parle de pou voir nier ou m~me répondre ( ••• ) • Mais une singularité frappante, c'est qu' avec la négation, elle affirme et que sans la négation elle nie • Il (9)
is peut
coexister
avec
Gin en
se
plaçant
aprés
lui
.
.
(B.235 )
v
Gin is
if Kr i
may
s
?
"
a-t-il
jamais
pensé
à
sa
mère
?
"
Bououd Ahmed
Ahmed
Bououd1@yahoo.fr
L’interrogatif mad :
Mad permet d'exprimer l'interrogation double ou être coordonnant alternatif; dans les énoncés interrogatifs, le segment mad apparaît devant un deuxième terme "sans qu'on puisse toujours décider si on a affaire à ma + d (présentatif ) ou s'il faut poser une nouvelle unité mad ( synthème) avec valeur de coordonnant alternatif. « (10) A ce propos, les exemples que nous reproduisons , ici , sont éclairants .,
(120) ( ••• ) bac ad yannay ma d is srrħn mad . la • (11)
" ( ••• ) pour voir si elle est bonne ou non
(136) ( ••• ) bac ad yannay mad . is isħa mad la; (12)
. « pour voir si la victime est grasse ou non . »
(B.236) is ica ma ( d ) isul ?
« est-ce qu'il a mangé ou pas encore? "
(B.237) yumz lkar mad lmacina ?
« a-t-il pris le car ou le train ? "
(238) is tfhm mad la ? (13)
" est-ce que tu as compris ou non ? "
mad est une variante libre de ma , uniquement , dans des énoncés interrogatifs ;
(B.236) is ica ma ysul ?
" est-ce qu'il a mangé ou pas encore? "
L'opposition réel~ non-réel réapparaît avec l'emploi des deux monémes coordonnants ( mad et xndd
" ou bien" ) ; mad est résevé au réel :
(B.237) isafr mad isul ?
" il a voyagé ou pas encore ? "
tandis que xndd relate des faits virtuels :
(B.238) asy it xndd ajj i t !
" prends - le ou laisse -le !"
Cette opposition ne semble pas être une régle , parce qu'on a des exemples qui sont aussi bien au réel qu'au non-réel :
(B.239) at tfsst xndd ak wwtx
" tais-toi ou je te frappe »
(B.240) at-tfsst mad ad inix •(14)
" tais-toi ou je dirai •
(B.241) yusy it xndd yujja t , nkk , maci cġli • (15)
" qu'il le prenne ou qu'il le laisse, moi, ce n'est
pas mon affaire •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
l’interrogatif wac
wac comme monéme interrogatif , est une variante de is ; le plus souvent , il coexiste avec lui :
(B.242) wac idda d ?
" est-ce qu'il est venu?
(B.243) is d idda ? "
est- ce qu'il est venu?
(B.244) wac is d idda ?
" est-ce qu'il est venu?
.,
La difference du comprtement de ces deux monémes ressort du fait que was n'admet pas l'antéposition des modalités d'orientation spatiale et les pronoms régimes direct et indirect •
ca : un autre procédé de l'interrogation est rendu par l'emploi de ca (16) • ca se place aprés un prédicat verbal qui n'admet pas d'expansion; le prédicat verbal est toujours à la deuxième , troisième personne ( singe plur. ) :
(B.245) tccit ca ?
" as-tu mangé ? "
Dans ce cas, la marque formelle de l'interrogation est l'intonation; si on place en tête de l'énoncé is
.l'élément ca acquiert la valeur de " chose" :
(B.246) is icca ca ? (17)
" est-ce qu'il a mangé quelque chose? "
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
l'adverbe interrogatif mani " où ":
mani (18) permet l'effacement du préverbe la devant l'inacc.
(B.247) mani gtili ?
" où se trouve –t- il habituellement? "
Il fonctionne tantôt comme interrogatif direct , tantôt comme interrogatifindirect ( il régit un prédicatoîde ). mani est compatible avec les fonctionnels ġr "vers" , zi "de « qui peuvent être en emploi absolu ( ou " préposition postposée" )
(9.13) ad ac ggallx mridd is ufix mani ġr a ġa drrx ixf inu., ur krihx
" je te le jure si j'avais su où donner de la tête, je n'aurai pas refusé • "
(10.19) … ur itisin mani zi d isud uzwu • - ...•
" ( ••• ) il ne sait pas de quel côté souffle le vent »
(B.247) ġr mani gdda ?
" où allait - il ? "
(B.248) zi mani d idda ?
" d'où venait - il ? "
ou
(B.249)
mani
ġr
iDa
?
"
où
allait
- il
?
"
(B.250)
mani
zi
d idda
?
"
d'où venait
il
?
"
mani est compatible avec les modalités aspectuelles suivantes :acc. (th.III) , inacc. (th.II) , ur -acc. négatif , ġa - I et ġa - II (cf. ex. 9.13 et 10.19°.
mani requiert la valeur de " quel" avec un nominal à l'état libre ( E.L)
(B.251) ara y- id alkas
" donne - moi le verre ! "
- mani alkas ?
" quel verre ? "
Avec les fonctionnels i , ġr et zi qui sont antéposés , mani peut être considéré comme un relatif :
(B.252) illa (i) mani gufa rraħt
" il est là où il est en paix
(B.253) 3aydn zi mani tn ttux•
" ils sont revenus d'où ils étaient "
le syntagme constitué par mani (i mani , ġr mani , zi mani , al mani ••• ) peut être déterminé par le monéme ay :
(B.254) iqim (i) mani ay t nujja
" il est resté où nous l'avions laissé "
le synthème mani s peut être suivi d'une apostrophe avec le sens de " quant" :
(333) mani c , a tamxibt Yamna ħddu la tssn ma ġa ijrun ••• (19)
" quant à la méchante Yamna Hddu , elle savait ce qui allait arriver "
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
l'adverbe interrogatif maxmi " pourquoi"
maxmi est compatible avec les modalités aspectuelles qui accompagnent mani :
(B.255) maxmi ur insi da ?
" pourquoi n'a t-il pas passé la nuit ici? "
(B.256) maxmi as isiwl ġif i ?
" pourquoi lui a t-il parlé de moi ? "
(11.29) ur ssinx maxmi ġi - s tra3an
" je ne savais pas pourquoi ils le cherchaient • "
Notre parler opére un choix entre maxmi et mmax "pourquoi" qui , ensemble , peuvent coexister en anticipant les satellites ; quand le parler recourtà mmax ,et pour que l'interrogation s'articule sur le verbe, il le fait suivre obligatoirement , par ally :
(11.28) mmax, nitni , maxmi ġi - s tra3an?
"pourquoi ,eux, ils le cherchaient ? "
(B.257) mmax ally ur iqqim ?
" pourquoi n'est -il pas resté? "
Parmi les interrogatifs qui sont compatibles avec ay , nous citons: milmi "quand" mcħal " combien" , régis par les prépositions zi " de " ġr " vers" , al " jusque" , i " dans , à " ; et maxmi "pourquoi"; alors que mism "comment" n'admet comme préposition que i
.
(14.5) maxmi a ġa atra3at ansa ?
"pourquoi chercheras -tu une place ? "
Dans d'autres emplois, nous trouvons frequemment mmax , quand l'interrogation est rendue par is ou may :
(326) ( ••• ) mmax m(a) - as ttuwit ? mmax m(a) - as yit zggwis ttuwtt ? (20)
" que lui as- tu apporté ? que lui as -tu fais depuis que tu es arrivée ? "
(B.25S) mmax ? is ur as 3limn ?
" pourquoi? est -ce qu'ils ne l'ont pas avisé? "
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
Les adverbes de comparaison
Notre parler dispose de amci " comme ceci , de cette façcon " amcis(·1)" comme cela , de cette façon-là" ammidin "comme si , comme cela " , amminna " comme si " et am " comme " •
Ils sont actualisés par d!" c'est" et déterminés par le monéme ay :
(B.259) d amci a ġa tarut
" c'est ainsi que tu écriras "
(5.2) amci a ġa. ( a) ac bdux
" c'est ainsi que je commencerai "
(7.11) amci ay ntġima mi3ad al iqrrb Lfjr
" c'est ainsi qu'on reste jusqu'à l'aube
am « comme » prend la forme simple devant les pronoms personnels et les nominaux marqués par l'E.A :
(10.20) am nkk , wahli ay mmutn
" comme moi , il y a longtemps qu'ils sont morts »
(10.31) am tmttut am uryaz •
" l'homme et la femme sont égaux. "
amalgamé à un pronom personnel, l'adverbe amci sert à ponctuer le récit (2) :
(B.260) ntta amcis la ytakkr , a3ssas ibdd gi s •
" alors qu'il était en train de voler ainsi, sur ce , le gardien le surpris . »
Ici, aussi, s'applique les trois critéres emis par F.Bentolila (3) afinde distinguer les subordonnants des pseudo-subordonnants; c'est-à-dire que le synthème comprenant le fonctionnel am "comme" et la modalité démonstra tive ( din, nna ) peut fonctionner comme fonctionnel subordonnant :
(B.261) la yħasb it amminna ag-għasb yma s
" il le considérait comme son frère. "
(B.262) a ġif nx ibdu amminna ġa ybdu x wi nns •
" il nous départagera comme il départagera les siens • "
amminna , selon le contexte, acquiert une fonction présentative ; l'expansion prédicatoidale peut être verbale ou non-verbale :
(300) ( ••• ) idd ddra ttmzin amm i zaydn cwi " ( ••• )’(4)
(….)quant au mais et à l'orge, on d.irait qu'ils ont augmenté un peu . »
(319) amm id inn ġur s izayd sidna 3ali ! (5)
" On dirait qu'a été mis au monde chez elle Sidna Ali "
(B.263) amminna ur ijri walu •
" c'est comme si de rien n'était. "
Ce même énoncé accepte , de préférence , le verbe iyy " faire"
(B.264) iyy amminna ur ijri walu •
" fait - comme si de rien n'était. "
D'autres emplois à valeur démonstrative sont possibles avec amci(s) :
(2.9) amcis l-l3ca , la ytili kulci ...
" aux alentours de la prière du soir , tout le monde est présent ••• "
( 6. 11) la nzzruy ayyur kamL amci ...
" nous passons le mois entier comme ça " ... .,
(B.26S) amcis n ttlata a nmlaqqa •
" nous nous rencontrerons aux alentours de trois heures • »
Pour rendre la comparaison, le berbère" ne posséde pas d'expression morphologique du degré. La comparaison d'égalité s'exprime, dialectalement , par am qui peut être répété devant les deux termes de la comparaison ( ••• ) " (6 ).
(a) le comparatif de superiorité s'exprime par le verbe af "valoir mieux »ou le fonctionnel x " sur «
(b) le comparatif d'égalité est rendu par am ‘’ comme" ; ce monéme peut avoir d'autres fonctions que celle -là: il est coordinatif dans :
(B.266) urjjin annayx ca n yun am 3li d mghand
je n'ai jamais vu quelqu'un tel qu'Ali et Muhand ‘’
(c) le superlatif absolu est rendu par bzzaf" beaucoup" •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
LES ADVERBES ET LEURS COMPATIBILITES PREPOSITIONNELLES (1)
-LES ADVERBES COMPATIBLES AVEC LES PREPOSITIONS
-1 Temps:
dġi " maintenant" , llinna" autrefois, tout à l'heure" , wahli " autre fois " , zik , bkri " autrefois , tôt" , (m)cħal ay a " il Y ya longtemps . » dima " toujours "
dlli " hier" , islid idli " avant hier" , askka "d emain “asnin wwaskka " aprés demain" ...
La liste n'est pas exhaustive, d'autres adverbes existent dont la référence est faite au mois, le jour, l'année, l'heure •••
-2 - Lieu:
- da " ici" (2) , dinn " là-bas" , dis " là "
- sya (d) "par ici , d'ici " (3) , syinn " par là-bas , de là" ,syis « par l'endroit en question. "
-urinn "au delà " " plus loin" , siwra " en deça . »
- i wksar "en bas " i wsawn " en haut " , brra "dehors , à l'exterieur « tama(n) "à côté", daxl " dedans , à l'interieur " , dffir "derrière" tat "devant "
mnid , tanila "en face " •
-LES ADVERBES NON-COMPATIBLES AVEC LES PREPOSITIONS
-1- Temps:
3ad " alors " , dix , al tu , 3awd "encore" , b3da " d'abord " ••
-2- Quantité:
qbala , bzzaf " beaucoup " , cwi " un peu " , ktr " plus " , qqaħ " tout à fait" , qll " moins" , drus " trop peu" , ukan " seulement" •
-3- Adverbes à valeur modale (1):
imkn " peut- être " , bssif " de force" (2) , ddra3 " de force" , tmara " contre son gré « , nnit " justement" , batl " gratuitement « , nican " direc- tement «•
-4- Les charnières logiques (3) .,
manic " or ‘’ , ħqqn " en effet" , ħqqa ‘’ au fait" , zix , hiyya " donc" , lfayda " bref " ,lħasul "finalement" •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
Les adverbes Xas et hli ‘’ seulement "
-1- xas peut déterminer un verbe , un nominal , un nominal régi par un fonctionnel et un pronom personnel :
(17.2) (.... ) xas a tawim muhand (•.• ) "
(••• ) seulement vous emmenerez Muhand (… ) "
(B.267) xa cc !
"mange seulement! ‘’
(14.8) xas tadggwat a la mlaqqax di s
( … ) justement je l'ai rencontré cet aprés-midi • "
(B.268) frrqn t xas i yryzn •
‘’ ils l'on distribué seulement aux hommes. ‘’
(210) (••• ) la ixddm aynn a i3ddan xas s yi d ( .•• ) ( 1)
.
C ••• ) il travaille en général seulement le soir C ••• ) "
(206) ( ... ) ur ntgg xas cgg •(.. ) (2)
" (••• ) nous ne voulons que toi ( ••• ) ‘’
Nous pouvons mentionner , aussi , des énoncés où xas détermine un nominal suivi du monéme ay :
(B.269) xas ntta ay d iddan. (3)
" il n'y a que lui qui est venu • ‘’
(324) wallaynni mc ġur s qqimx xas cmm ag-gurw muhand amqran • (4)
Litt. : " mais si je reste chez lui, (c'est) seulement toi (qu')a engendrée M.A "
" Mais si je reste chez ( mon mari ) , tu es vraiment la fille de Muhand Amqqran • "
Avec l'adverbe de négation ur , xas sert à exprimer la négation restrictive ( ne ••• que) :
(B.270) ur as iqqim xas yun •
" Il ne lui reste qu'un seul • "
(203) ( ••• ) Iħlam ,ur t iyyin xas lqurtas. (5)
" la justice n'était pas autre chose que la cartouche. "
Avec xas , le deuxième segment d'une proposition peut être le résultat d'une partie extraite d'un tout:
(B.271) qaħ 3zzant , xas 3li
" tout le monde lui a présenté les condoléances, sauf Ali . »
un autre exemple avec ur ••• x as traduit l'exception :
(B.272) ur ssin xas i tiyta (6)
" il ne sait que frapper. "
-2- hLli , comme xas , détermine un verbe , un nominal ; contrairement à xas , ici l'ordre est indifférent :
(B.273) hlli ur t3awd iħzmin • • •
" seulement ne racontes pas n'importe quoi. "
(B.274) ur t3awd hlli iħzmin •
" ne racontes pas, seulement, n'importe quoi. "
La libre déplaçabilité de hlli et son "contenu sémantique moins précis que
celui de xas ( ••• ) font qu'on ne peut pas toujours définir avec certitude son point d'incidence. " (7)
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
vendredi 3 juillet 2009
adverbe de négation ur
LES ADVERBES
1 - Les grammaires traditionnelles font des adverbes un classement fondé sur le sens ; elles distinguent les adverbes de lieu , de temps , de manière , d'intensité, de quantité •••
Ainsi l'hétérogénéité qui régne au sein des adverbes concerne, essentiellemet les adverbes de temps qui se répartissent en sous-classes selon qu'ils précisent le moment de l'action ( dġi " maintenant" ) , la durée de l'action ( dima " toujours" ) , l'ordre de succession de l'action ( qbl " avant") •• '
2- En face de la définition traditionnelle, les fonctionnalistes définissent les adverbes comme des" monémes ou des synthémes autonomes" (1) marquant, par eux - mêmes , leur fonction •
Notre étude portera sur l'adverbe de négation ur (2) , les adverbes interrogatifs (3) , les adverbes de comparaison, les adverbes compatibles avec les prépositions, les adverbes non-compatibles avec les prépositions, les adverbes has et hlli " seulement " (4) , les adverbes à valeur modale , les adverbes de quantité.
-1- L'ADVERBE DE NEGATION : ur
1 - La négation, comme l'interrogation, est un domaine où convergent les recherches en syntaxe , pragmatique ( " énonciatique " ) , sémantique et logique • Du point de vue linguistique , sur le terme " négation" pése une ambiguIté " puisqu,'il peut renvoyer tant à la forme de l'énoncé qu'à son sens" (1) Il s'agit, donc, de distinguer entre une négation formelle, caracterisée par la présence d'un monéme de négation; et une négation sémantique, c'est à dire le sens négatif d'un énoncé sa négativité sémantique. (2) .
2- Dans le parler des AIt Sadden , la négation s'opére par le monéme ur , qui porte sur le prédicat verbal; tandis que uridd (3) détermine les prédicats non- verbaux • Quand uridd nie un prédicat verbal , il est suivi , obligatoirement , de is ;
(B.174) uiridd is ira ad iqqim ... " ce n'est pas parce qu'il voulait rester •••• "
les deux variantes (uridd - maci ) peuvent actualiser comme prédicats un syntagme autonomisé :
(B.175) uridd zi fas ay d idda
maci zi fas ay d idda •
" ce n'est pas de Fés qu'il est venu. "
(9.16) ( ••• ) la cix luqr i yxf inw , uridd i ddll ( ••• )
( ••• ) je me serai tenu à l'écart au lieu de cette humilia tian
(363) ( ••• ) lħbs d lbarud i iryzn a mi illa , ur idd i t3yyalin ( •••
" ( ••• ) la prison et le combat, c'est pour les hommes qu'ils sont faits et non pour les femmes ( ••• ) " (4)
ou un syntagme verbal :
. (12.10) ( ••• ) la ytswwar maci la ytaru
( ••• ) il n'écrit pas mai s il photographie
3 - ur peut coexister avec les modalités aspectuelles :
a) accompli :
Comme il a été signalé (5) , les thémes verbaux des formes de l'acc. et de l'acc. négatif sont soit identiques, soit differents à l'aide des alternances vocaliques; en combinaison avec l'acc. concomitant, il y a neutralisation:
iDa
eu
~
ur
iDi
Idda 3
3li
~
ur
iddi
3li
"
Ali
est
déja
parti
"
Ali n’est pas parti
_ 0>"
"
iDa
eu
~
ur
iDi
la yDa
'li
~
ur
iDi
e.li
"
Ali
est
déja
parti
"
"
"
"
iDa
eu
~
ur
iDi
la yDa
'idda aa li
~
ur
iddi
3li
est
déja
parti
"
"
"
"
en combinaison avec la modalité aspectuelle la ( + inacc. ) , notre parler emploie la variante da (6)
(1.8) ( ••• ) aksum ur da ytruzum m3ada al tnac "
( ••• ) la vente de la viande n'est ouverte qu'à partir de midi • "
b) ad - th.I
Ici l' opposi tion aspectuelle ad - th.I / ad. - th.II est neutralisée , par contre avec d-ad , l'opposition d-ad - th.I / d-ad - th.II est maintenue :
ad th.I
/ ur - th.II
ad - th.II
ad yini " il dira "
ad i tini " il dira habituellement"
/ " il ne dira pas ‘’
d-ad yini "il dira" - / .ur d-ad yini "il ne dira pas "
d ad i tini " il dira habituellement " / ur d-ad i tini "il ne dira pas habituellement
4 - Quelques variations morphologiques sont à signaler :
- nous avons la variante wr quand ur est précédé d'une voyelle :
(B.176) yak, ma wr iri ad iddu ?
" n'est-ce pas, est-ce qu'il ne voulait pas partir? ‘’
(B.177) iħda 3li ma wr da itsksiw ħdd
..
‘’ Ali surveille si aucun ne regarde • ‘’
(B.17S) la tra3an ma wr tamzn takurt •
.
" ils essayent d'attraper le ballon
- au contact de la modalité ad , ur présente deux formes ; ad-ur(7), ou (a)wr (8) :
ad ur tini ay a •
(a)wr tini ay a •
" ne dis pas ceci ‘’
-mr " si ‘’ est un monéme à valeur négative, marquant l'hypothése ; il
s'emploie, presque toujours, avec l'acc. négatif qui le place dans un passé
ay a d ac bbix awal •
si tu dirais ceci , je me facherai’’
tandis que mridd " si " est un synthéme composé de mr " si " et idd " ce n'est pas " ; mridd se présente sous deux formes selon que la négation porte sur le prédicat verbal ( mridd is ) ou le prédicat non-verbal ( mridd ) :
(9.1) mridd is yix ay –nna tnna•••
" si j'avais fait ce qu'elle avait dit "
(9.13) mridd is ufix mani ġr aġ a drrxh•••
" si j'avais su où me rendre ••• "
(329 ( •••) mridd i wajjarr kw an tnġa yi ( ••• ) (10)
" ( ••• ) sans les voisins elle m'aurait tuée ( ••• ) "
quand mridd est suivi d'un verbe, il y a lieu de l'analyser comme la variante mr + d. :
(378) ( ••• ) mr idd att 3awtt , ad ac ix tnna mi ġa t3qqlt ! ( ••• ) (10)
" ( ••• ) si tu recommences, je te ferai quelque chose dont tu te souvienderas !(…)
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
5 - La synthématigue :
a) L'adverbe ur peut être accompagné de certains monémes dont " la valeur, dans ces conditions est un simple renforcement de la négation " (11)
Ces monémes peuvent avoir soit un signifiant continu , c' est à dire juxtaposés à ur , soit un signifiant discontinu , séparés de ur par un syntagme prédicatif.
b) Si la négation porte sur le prédicat ou la relation prédicative , le signifiant de la négation est discontinu, c'est à dire le prédicat verbal se trouve encadré par ur , ca " quelque chose " , walu " rien" , ħdd " personne "
Cet élément peut avoir les fonctions suivantes :
- Complément explicatif :
(B. 179) ur illi ħdd.
"il n'y a personne • "
(B.180) ur illi walu.
"il n'y a rien. "
(B.181) ur illi ca •
" il n'y a rien. "
-objet :
(B.182) ur yufi walu •
" il n'a rien trouvé "
(B.183) ur nnix ca.
"je n'ai rien dit. "
A ce niveau, est-ce qu'il faut interpréter ca ( pronom indéfini emprunté à l'arabe) comme étant un pronom objet à part entière ( ur + ca ) ,ou sa grammaticalisation comme auxiliaire de négation ( ur ••• ca)? (12) "
Nous avons des cas où ca "n'est pas fondamentalement un élément de négation (13) , son apparition à côté de ur n'est pas obligatoire, raison pour laquelle T.G.Penchoen l'a considéré comme une expansion autonome du prédicat (14) :
(B.184) ur ihwid (ca) ġr fas.
"il n'est pas descendu à Fés
ur n'admettant pas ca comme deuxième élément de la négation, quand on a les nominaux suivants : ħdd " personne " , m3ada " sauf" agwd " aussi " walu "rien" •
" il n'y a que Ali qui est parti • "
(5.6) nkk , ur iy iqqimn m3ada ay a •
" moi, il ne me restait que ceci. "
(B. 186) ur annayx agwd yun •
" je n'ai vu personne
Ou quand le SV1 est l'un des verbes opérateurs :
(B.187) ur iri ad iddu •
" il ne veut pas partir • "
F.Bentolila (16) considére ur ••• sa comme" une variante libre de ur• " ; ca ne peut être " un pronom objet soit parce que le verbe n'admet pas d'objet ( ••• ) , soit parce que le prédicat a déjà un objet ( •••) "
(B.189) ur iddi ca •
" il n'est pas parti. "
(B.190) ur t yannay ca •
" il ne l'a pas vu • "
mais il y a des contextes où ca est d’un emploi facultatif, impliquant un choix de la part du locuteur, ou il se trouve dédoublé d'un autre ca
(10.22) u-llah mr idd i yiwl , da ur tqqim •
si ce n'était le mariage ( qui me retient ) , je jure que je serais parti •
(10.26) isul lwaħd mc ur yuwil ••• .
" ( bien sûr ) si on est pas marié
(B.191)ur izzniz (ca) i3ban ••• " •••
" il n'a pas vendu de vêtements " ...
(B. 192) ur ġur s annayx ca ca n tmttut
" je n'ai pas vu chez lui quelque femme "
- Indicateur de théme :
ca ur tslix •••
" je n'ai rien entendu " ...
« personne n’est venu » (17)
c) ur sert à former des synthémes comme ur - ya "ne pas vouloir" , usar " ne ••• " plus " , ur jjin " .. ne ••• Jamais " qui déterminent le verbe .
1-1 usar: est compatible avec l'acc. , l'inacc. , ad - Aoriste; son sens est celui de futur :
(10.20) usar ad inix iz d la 3icx •
" je ne dirai plus que je vis • "
(10.43) ( ••• ) usar ad yini iz d luqt la trħam ( ••• )
" ( ••• ) il ne dira plus que les temps sont cléments C ... )
1-2 ur jjin est compatible avec l'acc. négatif :
(10.39) ur jjin ssinx mata - nta ddunit •
" je n'ai jamais su ce que c'est la vie. " '"
(13.5) ur jjin ttqdi3t!? ( la prière) •
" tu ne l'as jamais arrêtée ? ".
(350) z i - Li ur jjin ur tħriq ••• (18)
"Depuis ce temps-là, elle n'a jamais quitté son foyer •••
dans une interro-négative , jjin peut s'employer seul sans la particule ur :
(B.195) jjin idda ad yannay lahl nns ?
" il n'est jamais allé voir sa famille? "
1-3. 3mru (19) " ne ... jamais" est compatible avec ad - Aoriste ,inacc , acc.
(10.16) 3mru ur itisin ddunit mani ġr taġul •
" il ne saura jamais le sens de la vie • "
(27) ulad lħja 3mru ur syyifn ( ••• ) (20)
" les Ulad Lhaj n'ont jamais fait de bonnes récoltes C ••• )
Ici, avec l'inacc. , la négation a une valeur précise et catégorique; tandis
que avec usar la référence est faite à un fait passé qui ne se reproduira plus.
En ce qui concerne l'opposition usar / ur jjin, nous retrouvons l'opposition
non-réel (usar) /réel( ur jjin) ; usar est réservé à des procés futurs , con-
ditionnels ; alors que ur jjin est réservé à des procés passés, réels.
Avec l’adverbe 3awd "encore" , la quanti té prend une interprétation durative ou itérative :
• ur injiħ (itératif)
" il n'a pas encore réussi. "
(B.197) 3awd ur yuwil (duratif)
" il ne s'est pas encore marié • "
nous remarquons , à travers ces exemples , que la négation avec " ne… pas encore" exprime l'itération (B.196) ; dans (B.197) , la durée peut être paraphrasée par " ne ••• pas de nouveau " •
Avec qqaħ le tour exprime la négation absolue " absolument pas" :
(B.198) qqaħ ur icci • •
" il n'a pas mangé du tout. "
au sujet de qqah "tout" et bzzaf " beaucoup" , une remarque s'impose: d'un point de vue de l'interprétation sémantique, il y a des énoncés qui sont ambigus :
(B.199) qqaħ ti3yyalin ur ccint •
" toutes les femmes n'ont pas mangé. "
ou
" les femmes n'ont pas mangé du tout. "
(B.200) bzzaf mddn a wr d iddin • cet énoncé admet deux lectures différentes ; il est paraphrasable comme suit :
(a) quelques uns de ces gens ne sont pas venus •
ou
(b) aucun de ces gens n'est venu.
Nous observons que ces énoncés , contenant un adverbe quantificateur et une négation , donnent lieu à une ambiguîté selon que la négation affecte le prédicat seul ou toute la relation prédicative •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
1-4 Les variantes de ca :
La négation se présente sous deux formes (21) :
1) Si la négation porte sur le prédicat ou la relation prédicative, le signifiant est discontinu ; le deuxième élément de la négation peut avoir , dans ces cas , la forme ca , c , cay :
(B.201) ur t ssinx c•
" je ne le connais pas • "
(280)
"
Skndh di
s
iġsan
n baba
ħnini
a nttan ur
umizx ca
n
grc
,
---
•
.
n ħdd •
(22)
•
"
je
brûlerais
en
cela les os
de
mon cher
père
si
je
pre»
,
nais une obole de quelqu'un. "
(B.202) ur t ssinx ca •
" je ne le connais pas • "
( 11 • 34 ) ( ••• ) nK , ur t 3qqilx cay ( ••• )
, je ne l'avais pas reconnu ( ••• ) "
dans (11.34) , l'élément c ay donne plus d'emphase à la négation.
2) Le signifiant continu ( ur idd , maci (23) ) se rencontre dans les cas suivants :
(a) négation d'une identification
(B.203) maci d aryaz •
" ce n'est pas un homme. "
(B.204) ur idd d aryaz •
" ce n'est pas un homme. "
(b) négation d'un terme anticipé ( sujet, objet, prédicat ••• )
(B.205) maci nkk ay t iccan •
" ce nest pas moi qui l'ai mangé. "
(B.206) maCi ur SSinX •••
" ce n'est pas parce que je ne comprenne pas ••• "
A) Dans ce qui a précédé , nous avons tenté de parler de " la négation formelle » (24) , c'est à dire une négation ayant recours à un marqueur grammatical; dans ce qui va suivre, l'étude sera consacrée à des énoncés où le positif et le négatif ont une équivalence sémantique •
La neutralisation de l'opposition ur/Ø, se rencontre aprés le verbe gwd " craindre" ; il y a opposition d'un signifié à sa négation:
(12.41) ( ••• ) gwdx ad iyi 3ardn •
" ( ••• ) j'ai peur qu'on m'agresse
(B. 207) gddx ad yini awal nna •
" je crains qu'il (ne) dise le secret en question. (25)
(B.208) gddx ur itini awal nna •
" je crains qu'il (ne) dise le secret en question.
B) Si nous examinons, maintenant, quelques exemples où le tour n'est pas à interpréter comme une question (26) ( demande d'information) , mais comme une assertion à contenu positif:
(B.209) is ur idd 3li ay d iddan ?
" est-ce que ce n'est pas Ali qui est venu? "
Comme l'atteste cet exemple, il ne s'agit pas d'une interrogation ayant un sens négatif •
Il est à signaler, aussi, des cas où le contenu positif d'un verbe exprime l'idée d'une négation sur le plan sémantique :
(B.210) la ytini is idda •
" il croit qu'il est parti. "
(B.211) la ytġal is idda •
" il croit qu'il est parti. "
(B.212) iggum ad iddu •
" il refuse de partir • "
Il apparait , à la suite de ces exemples, que ces verbes présupposent la faùsseté de l'expansion.
C) Dans les phrases subordonnées, la négation suscite des ambiguîtés sémantiques : c'est à ce niveau que se situe la différence entre une négation de phrase et une négation d'un terme de la phrase • (27)
(B.213) issn ad isiwl •
" il sait parler. "
(B.214) ur issin ad isiwl •
" il ne sait pas parler. "
(B.215) ? issn ur itsawal • (28)
(B.216) ira 3li ad yawl i mMi s •
" Ali veut marier son fils "
(B.217) ur iri 3li ad yawl i mMi s
" Ali ne veut pas marier son fils • "
Dans ces cas, la négation porte sur le verbe de la principale ( SV1) ; quand le verbe est sul "rester, demeurer" , la négation est située devant le sv2 de la subordonnée :
(B.218) isul ur iddi •
" il n'est pas encore parti • "
Notes
(1) A.Martinet Grammaire fonctionnelle du français p. 190 •
(2) ici aussi , on ne peut trancher pour savoir si la négation est une modalité ou un adverbe? Le critère de la compatibilité de la négation avec le présentatif d "c'est « permet de la ranger parmi les adverbes. ( cf. F. Bentolila ,Les classes d'unités significatives, p. 47 • )
(3) Si F.Bentolila a considéré l'interrogation comme une modalité d'énonciation
et non pas comme un adverbe, c'est parce que l'interrogation est en rapport d'exclusion mutuelle avec l'assertion et l'injonction. ( cf. Les classes d'unités significatives ,p. 47 ) et que les interrogatifs ont un comportement syntaxique qui les prédisposent à être mis en relief •
(4) Nous nous sommes inspirés du classement de F.Bentolila , Gram.fonct. p.175 , Les classes d'unités significatives, p.47 •
L'adverbe de négation ur •
(1) J.Moeschler , Dire et contredire, p. 5 •
(2) Nous n'allons pas nous arrêter , plus longuement, à ce genre de négation. Ex : iGum ad iddu. , "il refuse de partir ."
(3) uridd peut être conçu comme un synthème formé de la particule ur et du présentatif d servaat à actualiser les prédicats non-verbaux ; à côté de uridd , le parler utilise maci (emprunté à l'arabe ) qui a les mêmes latti tudes combinatoires que son homologue berbère •
(4)
A.Basset , Textes berbères
, p.179
(5)
of.
ici
.12.3
, p.110
;
et 11.4
, p. 113
(6)
cf.
ici
p.110
(7) ur préc~ée toujours le verbe qu'il détermine sauf si ce même prédicat est déterminé par ad , dans ce cas ur se place aprés ad•
(8) a wr exprime la défense •
(9) L.Galand , seminaire E.PH.E , le 3 -04 - 1981 ; A.Leguil , I.N.L.C.O le 4-12-1986 •
(10) A.Basset , ibid , P 185-186
(11) G.T.Penchoen , Etude syntaxique d'un parler berbère, P. 68 • L.Galand , Seminaire E.PH.E , 13- 02 -1981 •
(12) F.Bentolila , Gram. fonct • P. 178; et Sémantique •• et Etudes des unité. significatives, p. 4 •
(13) G.T.Penchoen, Etude syntaxique d'un parler berbère, p.12 •
(14) G.T.penchoen , ibid, p.16 •
(15) On pourrait dire, à partir de ces ex. , que la négation affecte le prédicat d'une part, et de l'autre le nominal.
(16) F.Bentolila , Sémantique et études des unités significatives, p. 4 •
(17) avec aGwd ,l'ordre est indifférent ; on peut avoir aussi ur d iddi agwd yun
(18) A.Basset , Textes berbères , p.173. Le premier terme de la négation estfacultatif chez les Art Nacer ; on pourrait avoir : (350) ( ••• ) ur jjin thri~c•••
(19) emprunté à l'arabe, est foraé de 3mr •• Age, vie" + pronom personnel On a 3mri •• de ma vie ", 3mrk •• de ta vie ••••••
(20) A.Basset , ibid, p. 14 • Chez les locuteurs d'Art Nacer , l'accord est de régle ; nous préférons ( 27) ulad lhaz 3.mrhum ur syyifn •
(21) cf. p. 158
(22) A.Basset , ibid , P.139; ka et ca , dans le parler des Art Sadden sont des variantes • cf. p 1.note (1).
(23) uridd et maci fonctionnent comme des variantes libres ; les locuteurs d'Art Nacer préférent l'utilisation de maci au profit de celle de uridd •
(24) cf.ici p155. et F.Brunet cité par F.Bentolila ( Gram. fonct • p. 184 )qui oppose « négations apparentes « et « négations réelles «
(25) Notons ici la présence, dans la traduction, du ne « discordanciel «
de la grammaire traditionneelle •
(26) Ceci correspond à ce que la grammaire appelle une
« question rhétorique «
(27) autrement dit la portée de la négation.
(28) Le symbole ( ? point d'interrogation) signifie la non-acceptabilité de
l'énoncé •
Ahmed Bououd , Université Hassan II , Casablanca
Bououd1@yahoo.fr
1 - Les grammaires traditionnelles font des adverbes un classement fondé sur le sens ; elles distinguent les adverbes de lieu , de temps , de manière , d'intensité, de quantité •••
Ainsi l'hétérogénéité qui régne au sein des adverbes concerne, essentiellemet les adverbes de temps qui se répartissent en sous-classes selon qu'ils précisent le moment de l'action ( dġi " maintenant" ) , la durée de l'action ( dima " toujours" ) , l'ordre de succession de l'action ( qbl " avant") •• '
2- En face de la définition traditionnelle, les fonctionnalistes définissent les adverbes comme des" monémes ou des synthémes autonomes" (1) marquant, par eux - mêmes , leur fonction •
Notre étude portera sur l'adverbe de négation ur (2) , les adverbes interrogatifs (3) , les adverbes de comparaison, les adverbes compatibles avec les prépositions, les adverbes non-compatibles avec les prépositions, les adverbes has et hlli " seulement " (4) , les adverbes à valeur modale , les adverbes de quantité.
-1- L'ADVERBE DE NEGATION : ur
1 - La négation, comme l'interrogation, est un domaine où convergent les recherches en syntaxe , pragmatique ( " énonciatique " ) , sémantique et logique • Du point de vue linguistique , sur le terme " négation" pése une ambiguIté " puisqu,'il peut renvoyer tant à la forme de l'énoncé qu'à son sens" (1) Il s'agit, donc, de distinguer entre une négation formelle, caracterisée par la présence d'un monéme de négation; et une négation sémantique, c'est à dire le sens négatif d'un énoncé sa négativité sémantique. (2) .
2- Dans le parler des AIt Sadden , la négation s'opére par le monéme ur , qui porte sur le prédicat verbal; tandis que uridd (3) détermine les prédicats non- verbaux • Quand uridd nie un prédicat verbal , il est suivi , obligatoirement , de is ;
(B.174) uiridd is ira ad iqqim ... " ce n'est pas parce qu'il voulait rester •••• "
les deux variantes (uridd - maci ) peuvent actualiser comme prédicats un syntagme autonomisé :
(B.175) uridd zi fas ay d idda
maci zi fas ay d idda •
" ce n'est pas de Fés qu'il est venu. "
(9.16) ( ••• ) la cix luqr i yxf inw , uridd i ddll ( ••• )
( ••• ) je me serai tenu à l'écart au lieu de cette humilia tian
(363) ( ••• ) lħbs d lbarud i iryzn a mi illa , ur idd i t3yyalin ( •••
" ( ••• ) la prison et le combat, c'est pour les hommes qu'ils sont faits et non pour les femmes ( ••• ) " (4)
ou un syntagme verbal :
. (12.10) ( ••• ) la ytswwar maci la ytaru
( ••• ) il n'écrit pas mai s il photographie
3 - ur peut coexister avec les modalités aspectuelles :
a) accompli :
Comme il a été signalé (5) , les thémes verbaux des formes de l'acc. et de l'acc. négatif sont soit identiques, soit differents à l'aide des alternances vocaliques; en combinaison avec l'acc. concomitant, il y a neutralisation:
iDa
eu
~
ur
iDi
Idda 3
3li
~
ur
iddi
3li
"
Ali
est
déja
parti
"
Ali n’est pas parti
_ 0>"
"
iDa
eu
~
ur
iDi
la yDa
'li
~
ur
iDi
e.li
"
Ali
est
déja
parti
"
"
"
"
iDa
eu
~
ur
iDi
la yDa
'idda aa li
~
ur
iddi
3li
est
déja
parti
"
"
"
"
en combinaison avec la modalité aspectuelle la ( + inacc. ) , notre parler emploie la variante da (6)
(1.8) ( ••• ) aksum ur da ytruzum m3ada al tnac "
( ••• ) la vente de la viande n'est ouverte qu'à partir de midi • "
b) ad - th.I
Ici l' opposi tion aspectuelle ad - th.I / ad. - th.II est neutralisée , par contre avec d-ad , l'opposition d-ad - th.I / d-ad - th.II est maintenue :
ad th.I
/ ur - th.II
ad - th.II
ad yini " il dira "
ad i tini " il dira habituellement"
/ " il ne dira pas ‘’
d-ad yini "il dira" - / .ur d-ad yini "il ne dira pas "
d ad i tini " il dira habituellement " / ur d-ad i tini "il ne dira pas habituellement
4 - Quelques variations morphologiques sont à signaler :
- nous avons la variante wr quand ur est précédé d'une voyelle :
(B.176) yak, ma wr iri ad iddu ?
" n'est-ce pas, est-ce qu'il ne voulait pas partir? ‘’
(B.177) iħda 3li ma wr da itsksiw ħdd
..
‘’ Ali surveille si aucun ne regarde • ‘’
(B.17S) la tra3an ma wr tamzn takurt •
.
" ils essayent d'attraper le ballon
- au contact de la modalité ad , ur présente deux formes ; ad-ur(7), ou (a)wr (8) :
ad ur tini ay a •
(a)wr tini ay a •
" ne dis pas ceci ‘’
-mr " si ‘’ est un monéme à valeur négative, marquant l'hypothése ; il
s'emploie, presque toujours, avec l'acc. négatif qui le place dans un passé
ay a d ac bbix awal •
si tu dirais ceci , je me facherai’’
tandis que mridd " si " est un synthéme composé de mr " si " et idd " ce n'est pas " ; mridd se présente sous deux formes selon que la négation porte sur le prédicat verbal ( mridd is ) ou le prédicat non-verbal ( mridd ) :
(9.1) mridd is yix ay –nna tnna•••
" si j'avais fait ce qu'elle avait dit "
(9.13) mridd is ufix mani ġr aġ a drrxh•••
" si j'avais su où me rendre ••• "
(329 ( •••) mridd i wajjarr kw an tnġa yi ( ••• ) (10)
" ( ••• ) sans les voisins elle m'aurait tuée ( ••• ) "
quand mridd est suivi d'un verbe, il y a lieu de l'analyser comme la variante mr + d. :
(378) ( ••• ) mr idd att 3awtt , ad ac ix tnna mi ġa t3qqlt ! ( ••• ) (10)
" ( ••• ) si tu recommences, je te ferai quelque chose dont tu te souvienderas !(…)
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
5 - La synthématigue :
a) L'adverbe ur peut être accompagné de certains monémes dont " la valeur, dans ces conditions est un simple renforcement de la négation " (11)
Ces monémes peuvent avoir soit un signifiant continu , c' est à dire juxtaposés à ur , soit un signifiant discontinu , séparés de ur par un syntagme prédicatif.
b) Si la négation porte sur le prédicat ou la relation prédicative , le signifiant de la négation est discontinu, c'est à dire le prédicat verbal se trouve encadré par ur , ca " quelque chose " , walu " rien" , ħdd " personne "
Cet élément peut avoir les fonctions suivantes :
- Complément explicatif :
(B. 179) ur illi ħdd.
"il n'y a personne • "
(B.180) ur illi walu.
"il n'y a rien. "
(B.181) ur illi ca •
" il n'y a rien. "
-objet :
(B.182) ur yufi walu •
" il n'a rien trouvé "
(B.183) ur nnix ca.
"je n'ai rien dit. "
A ce niveau, est-ce qu'il faut interpréter ca ( pronom indéfini emprunté à l'arabe) comme étant un pronom objet à part entière ( ur + ca ) ,ou sa grammaticalisation comme auxiliaire de négation ( ur ••• ca)? (12) "
Nous avons des cas où ca "n'est pas fondamentalement un élément de négation (13) , son apparition à côté de ur n'est pas obligatoire, raison pour laquelle T.G.Penchoen l'a considéré comme une expansion autonome du prédicat (14) :
(B.184) ur ihwid (ca) ġr fas.
"il n'est pas descendu à Fés
ur n'admettant pas ca comme deuxième élément de la négation, quand on a les nominaux suivants : ħdd " personne " , m3ada " sauf" agwd " aussi " walu "rien" •
" il n'y a que Ali qui est parti • "
(5.6) nkk , ur iy iqqimn m3ada ay a •
" moi, il ne me restait que ceci. "
(B. 186) ur annayx agwd yun •
" je n'ai vu personne
Ou quand le SV1 est l'un des verbes opérateurs :
(B.187) ur iri ad iddu •
" il ne veut pas partir • "
F.Bentolila (16) considére ur ••• sa comme" une variante libre de ur• " ; ca ne peut être " un pronom objet soit parce que le verbe n'admet pas d'objet ( ••• ) , soit parce que le prédicat a déjà un objet ( •••) "
(B.189) ur iddi ca •
" il n'est pas parti. "
(B.190) ur t yannay ca •
" il ne l'a pas vu • "
mais il y a des contextes où ca est d’un emploi facultatif, impliquant un choix de la part du locuteur, ou il se trouve dédoublé d'un autre ca
(10.22) u-llah mr idd i yiwl , da ur tqqim •
si ce n'était le mariage ( qui me retient ) , je jure que je serais parti •
(10.26) isul lwaħd mc ur yuwil ••• .
" ( bien sûr ) si on est pas marié
(B.191)ur izzniz (ca) i3ban ••• " •••
" il n'a pas vendu de vêtements " ...
(B. 192) ur ġur s annayx ca ca n tmttut
" je n'ai pas vu chez lui quelque femme "
- Indicateur de théme :
ca ur tslix •••
" je n'ai rien entendu " ...
« personne n’est venu » (17)
c) ur sert à former des synthémes comme ur - ya "ne pas vouloir" , usar " ne ••• " plus " , ur jjin " .. ne ••• Jamais " qui déterminent le verbe .
1-1 usar: est compatible avec l'acc. , l'inacc. , ad - Aoriste; son sens est celui de futur :
(10.20) usar ad inix iz d la 3icx •
" je ne dirai plus que je vis • "
(10.43) ( ••• ) usar ad yini iz d luqt la trħam ( ••• )
" ( ••• ) il ne dira plus que les temps sont cléments C ... )
1-2 ur jjin est compatible avec l'acc. négatif :
(10.39) ur jjin ssinx mata - nta ddunit •
" je n'ai jamais su ce que c'est la vie. " '"
(13.5) ur jjin ttqdi3t!? ( la prière) •
" tu ne l'as jamais arrêtée ? ".
(350) z i - Li ur jjin ur tħriq ••• (18)
"Depuis ce temps-là, elle n'a jamais quitté son foyer •••
dans une interro-négative , jjin peut s'employer seul sans la particule ur :
(B.195) jjin idda ad yannay lahl nns ?
" il n'est jamais allé voir sa famille? "
1-3. 3mru (19) " ne ... jamais" est compatible avec ad - Aoriste ,inacc , acc.
(10.16) 3mru ur itisin ddunit mani ġr taġul •
" il ne saura jamais le sens de la vie • "
(27) ulad lħja 3mru ur syyifn ( ••• ) (20)
" les Ulad Lhaj n'ont jamais fait de bonnes récoltes C ••• )
Ici, avec l'inacc. , la négation a une valeur précise et catégorique; tandis
que avec usar la référence est faite à un fait passé qui ne se reproduira plus.
En ce qui concerne l'opposition usar / ur jjin, nous retrouvons l'opposition
non-réel (usar) /réel( ur jjin) ; usar est réservé à des procés futurs , con-
ditionnels ; alors que ur jjin est réservé à des procés passés, réels.
Avec l’adverbe 3awd "encore" , la quanti té prend une interprétation durative ou itérative :
• ur injiħ (itératif)
" il n'a pas encore réussi. "
(B.197) 3awd ur yuwil (duratif)
" il ne s'est pas encore marié • "
nous remarquons , à travers ces exemples , que la négation avec " ne… pas encore" exprime l'itération (B.196) ; dans (B.197) , la durée peut être paraphrasée par " ne ••• pas de nouveau " •
Avec qqaħ le tour exprime la négation absolue " absolument pas" :
(B.198) qqaħ ur icci • •
" il n'a pas mangé du tout. "
au sujet de qqah "tout" et bzzaf " beaucoup" , une remarque s'impose: d'un point de vue de l'interprétation sémantique, il y a des énoncés qui sont ambigus :
(B.199) qqaħ ti3yyalin ur ccint •
" toutes les femmes n'ont pas mangé. "
ou
" les femmes n'ont pas mangé du tout. "
(B.200) bzzaf mddn a wr d iddin • cet énoncé admet deux lectures différentes ; il est paraphrasable comme suit :
(a) quelques uns de ces gens ne sont pas venus •
ou
(b) aucun de ces gens n'est venu.
Nous observons que ces énoncés , contenant un adverbe quantificateur et une négation , donnent lieu à une ambiguîté selon que la négation affecte le prédicat seul ou toute la relation prédicative •
Ahmed Bououd
Bououd1@yahoo.fr
1-4 Les variantes de ca :
La négation se présente sous deux formes (21) :
1) Si la négation porte sur le prédicat ou la relation prédicative, le signifiant est discontinu ; le deuxième élément de la négation peut avoir , dans ces cas , la forme ca , c , cay :
(B.201) ur t ssinx c•
" je ne le connais pas • "
(280)
"
Skndh di
s
iġsan
n baba
ħnini
a nttan ur
umizx ca
n
grc
,
---
•
.
n ħdd •
(22)
•
"
je
brûlerais
en
cela les os
de
mon cher
père
si
je
pre»
,
nais une obole de quelqu'un. "
(B.202) ur t ssinx ca •
" je ne le connais pas • "
( 11 • 34 ) ( ••• ) nK , ur t 3qqilx cay ( ••• )
, je ne l'avais pas reconnu ( ••• ) "
dans (11.34) , l'élément c ay donne plus d'emphase à la négation.
2) Le signifiant continu ( ur idd , maci (23) ) se rencontre dans les cas suivants :
(a) négation d'une identification
(B.203) maci d aryaz •
" ce n'est pas un homme. "
(B.204) ur idd d aryaz •
" ce n'est pas un homme. "
(b) négation d'un terme anticipé ( sujet, objet, prédicat ••• )
(B.205) maci nkk ay t iccan •
" ce nest pas moi qui l'ai mangé. "
(B.206) maCi ur SSinX •••
" ce n'est pas parce que je ne comprenne pas ••• "
A) Dans ce qui a précédé , nous avons tenté de parler de " la négation formelle » (24) , c'est à dire une négation ayant recours à un marqueur grammatical; dans ce qui va suivre, l'étude sera consacrée à des énoncés où le positif et le négatif ont une équivalence sémantique •
La neutralisation de l'opposition ur/Ø, se rencontre aprés le verbe gwd " craindre" ; il y a opposition d'un signifié à sa négation:
(12.41) ( ••• ) gwdx ad iyi 3ardn •
" ( ••• ) j'ai peur qu'on m'agresse
(B. 207) gddx ad yini awal nna •
" je crains qu'il (ne) dise le secret en question. (25)
(B.208) gddx ur itini awal nna •
" je crains qu'il (ne) dise le secret en question.
B) Si nous examinons, maintenant, quelques exemples où le tour n'est pas à interpréter comme une question (26) ( demande d'information) , mais comme une assertion à contenu positif:
(B.209) is ur idd 3li ay d iddan ?
" est-ce que ce n'est pas Ali qui est venu? "
Comme l'atteste cet exemple, il ne s'agit pas d'une interrogation ayant un sens négatif •
Il est à signaler, aussi, des cas où le contenu positif d'un verbe exprime l'idée d'une négation sur le plan sémantique :
(B.210) la ytini is idda •
" il croit qu'il est parti. "
(B.211) la ytġal is idda •
" il croit qu'il est parti. "
(B.212) iggum ad iddu •
" il refuse de partir • "
Il apparait , à la suite de ces exemples, que ces verbes présupposent la faùsseté de l'expansion.
C) Dans les phrases subordonnées, la négation suscite des ambiguîtés sémantiques : c'est à ce niveau que se situe la différence entre une négation de phrase et une négation d'un terme de la phrase • (27)
(B.213) issn ad isiwl •
" il sait parler. "
(B.214) ur issin ad isiwl •
" il ne sait pas parler. "
(B.215) ? issn ur itsawal • (28)
(B.216) ira 3li ad yawl i mMi s •
" Ali veut marier son fils "
(B.217) ur iri 3li ad yawl i mMi s
" Ali ne veut pas marier son fils • "
Dans ces cas, la négation porte sur le verbe de la principale ( SV1) ; quand le verbe est sul "rester, demeurer" , la négation est située devant le sv2 de la subordonnée :
(B.218) isul ur iddi •
" il n'est pas encore parti • "
Notes
(1) A.Martinet Grammaire fonctionnelle du français p. 190 •
(2) ici aussi , on ne peut trancher pour savoir si la négation est une modalité ou un adverbe? Le critère de la compatibilité de la négation avec le présentatif d "c'est « permet de la ranger parmi les adverbes. ( cf. F. Bentolila ,Les classes d'unités significatives, p. 47 • )
(3) Si F.Bentolila a considéré l'interrogation comme une modalité d'énonciation
et non pas comme un adverbe, c'est parce que l'interrogation est en rapport d'exclusion mutuelle avec l'assertion et l'injonction. ( cf. Les classes d'unités significatives ,p. 47 ) et que les interrogatifs ont un comportement syntaxique qui les prédisposent à être mis en relief •
(4) Nous nous sommes inspirés du classement de F.Bentolila , Gram.fonct. p.175 , Les classes d'unités significatives, p.47 •
L'adverbe de négation ur •
(1) J.Moeschler , Dire et contredire, p. 5 •
(2) Nous n'allons pas nous arrêter , plus longuement, à ce genre de négation. Ex : iGum ad iddu. , "il refuse de partir ."
(3) uridd peut être conçu comme un synthème formé de la particule ur et du présentatif d servaat à actualiser les prédicats non-verbaux ; à côté de uridd , le parler utilise maci (emprunté à l'arabe ) qui a les mêmes latti tudes combinatoires que son homologue berbère •
(4)
A.Basset , Textes berbères
, p.179
(5)
of.
ici
.12.3
, p.110
;
et 11.4
, p. 113
(6)
cf.
ici
p.110
(7) ur préc~ée toujours le verbe qu'il détermine sauf si ce même prédicat est déterminé par ad , dans ce cas ur se place aprés ad•
(8) a wr exprime la défense •
(9) L.Galand , seminaire E.PH.E , le 3 -04 - 1981 ; A.Leguil , I.N.L.C.O le 4-12-1986 •
(10) A.Basset , ibid , P 185-186
(11) G.T.Penchoen , Etude syntaxique d'un parler berbère, P. 68 • L.Galand , Seminaire E.PH.E , 13- 02 -1981 •
(12) F.Bentolila , Gram. fonct • P. 178; et Sémantique •• et Etudes des unité. significatives, p. 4 •
(13) G.T.Penchoen, Etude syntaxique d'un parler berbère, p.12 •
(14) G.T.penchoen , ibid, p.16 •
(15) On pourrait dire, à partir de ces ex. , que la négation affecte le prédicat d'une part, et de l'autre le nominal.
(16) F.Bentolila , Sémantique et études des unités significatives, p. 4 •
(17) avec aGwd ,l'ordre est indifférent ; on peut avoir aussi ur d iddi agwd yun
(18) A.Basset , Textes berbères , p.173. Le premier terme de la négation estfacultatif chez les Art Nacer ; on pourrait avoir : (350) ( ••• ) ur jjin thri~c•••
(19) emprunté à l'arabe, est foraé de 3mr •• Age, vie" + pronom personnel On a 3mri •• de ma vie ", 3mrk •• de ta vie ••••••
(20) A.Basset , ibid, p. 14 • Chez les locuteurs d'Art Nacer , l'accord est de régle ; nous préférons ( 27) ulad lhaz 3.mrhum ur syyifn •
(21) cf. p. 158
(22) A.Basset , ibid , P.139; ka et ca , dans le parler des Art Sadden sont des variantes • cf. p 1.note (1).
(23) uridd et maci fonctionnent comme des variantes libres ; les locuteurs d'Art Nacer préférent l'utilisation de maci au profit de celle de uridd •
(24) cf.ici p155. et F.Brunet cité par F.Bentolila ( Gram. fonct • p. 184 )qui oppose « négations apparentes « et « négations réelles «
(25) Notons ici la présence, dans la traduction, du ne « discordanciel «
de la grammaire traditionneelle •
(26) Ceci correspond à ce que la grammaire appelle une
« question rhétorique «
(27) autrement dit la portée de la négation.
(28) Le symbole ( ? point d'interrogation) signifie la non-acceptabilité de
l'énoncé •
Ahmed Bououd , Université Hassan II , Casablanca
Bououd1@yahoo.fr
Inscription à :
Messages (Atom)